Le geste turc sur Chypre embarrasse l'Union européenne

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La Turquie a confirmé son offre d'ouvrir pour un an un port et un aéroport aux Chypriotes grecs.

La Turquie a confirmé jeudi après-midi qu'elle était prête à ouvrir un port et un aéroport pendant un an aux Chypriotes grecs pour éviter une suspension de ses négociations d'adhésion avec l'Union européenne (UE). Un responsable turc a ainsi indiqué que le chef de la diplomatie, Abdullah Gül, avait eu un entretien téléphonique mercredi soir à ce propos avec la présidence finlandaise de l'UE. Mais Ankara attend dans ce délai d'un an un règlement global et compréhensif de la question chypriote, passant par la fin de l'isolement européen de la République turque de Chypre du nord (RTCN).

Les Turcs demandent ainsi l'ouverture au trafic international de l'aéroport d'Ercan, situé dans le secteur turc de l'île, et aussi la reprise du commerce direct entre l'UE et le port chypriote turc de Famagouste. Le responsable a assuré qu'Ankara ne posait pas de "condition" mais attendait des mesures en ce sens de la part de l'UE.

Qualifiée de "très constructive" par la présidence finlandaise de l'UE, l'offre turque était aussi analysée à Bruxelles comme un "pas important", si elle était "confirmée", ce qui est désormais le cas. Si Londres, favorable à la poursuite des négociations avec Ankara, a salué l'offre turque, celle-ci s'est vu opposer une fin de non recevoir immédiate du ministre des Affaires étrangères chypriote, qui a estimé que cette proposition était "vide de tout contenu sérieux". Nicosie refuse avec énergie l'ouverture d'un aéroport international dans le Nord de l'île, qui vaudrait aux yeux de Chypre reconnaissance de la RTCN. La Grèce semble aussi très réservée face au geste turc.

Cette affaire des ports et aéroports turcs fermés aux Chypriotes empoisonne les relations entre Bruxelles et Ankara depuis des mois. Dans ce dossier délicat, les Turcs ont adopté une posture très inédite, celle d'un postulant à l'entrée dans un club (l'UE), qui refuse de reconnaître certains droits à l'un des membres de ce même club (Chypre), ce qui embarrasse fortement l'Union. La semaine dernière, la Commission de Bruxelles, devant le refus turc d'évoluer sur ce dossier, avait conseillé aux Etats membres de suspendre partiellement les négociations d'adhésion engagées en octobre 2005, mais les Vingt-Cinq sont très divisés face à cette recommandation, qualifiée d'inacceptable par Ankara.

Le 5 décembre, à l'occasion de la réunion bilatérale Chirac-Merkel en Sarre, les deux poids lourds européens semblaient de leur côté vouloir assouplir leur position de fermeté vis-à-vis d'Ankara en n'évoquant plus de "clause de rendez-vous" à moyen terme ou "d'ultimatum" pour contraindre les Turcs à revoir leur position. Un geste franco-allemand marqué par le "tact diplomatique qui convient à de telles situations", souligne Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman à Paris, qui plaide, lui, pour un "partenariat privilégié" avec Ankara.

"Ces informations suggérant un accord entre la Turquie et l'UE sont encourageantes", estime ce matin Serhan Cevik, chez Morgan Stanley, qui juge qu'en cas d'accord sur le dossier des ports et aéroports turcs, l'Union pourrait "reconsidérer" sa proposition de suspension des négociations avec Ankara. Selon lui, les discussions continueront "jusqu'au dernier moment" avant le Conseil européen des 14 et 15 décembre prochains.

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