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Tony Blair poignarde la convention OCDE contre la corruption

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Publié le 16 décembre 2006 à 04:20 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:44

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Le Premier ministre britannique, Tony Blair, vient d'enterrer, au nom de "l'intérêt national", une enquête sur le versement d'énormes pots de vins par British Aerospace (BAE) à l'Arabie saoudite. La convention OCDE contre la corruption, qui interdit notamment le versement de commission à des fonctionnaires étrangers, est sérieusement menacée par cette décision. Pourquoi les entreprises françaises ou américaines devraient-elles s'y plier si les entreprises britanniques bénéficient de l'impunité ?

C'est un véritable coup de poignard que Tony Blair vient d'asséner à la convention OCDE contre la corruption qui interdit notamment le versement de pots de vin à des fonctionnaires étrangers pour l'obtention de marché. La justice britannique a abandonné jeudi une enquête pour corruption visant des contrats militaires à l'Arabie saoudite, au nom de "l'intérêt général" du pays. Ryad menaçait de renoncer à un énorme contrat portant sur l'achat de 72 chasseurs Eurofighter Typhoon pour 10 milliards de livres.

L'attorney general, Lord Goldsmith, a annoncé hier au parlement la fin d'une enquête du Serious Fraud Office (SFO), service de lutte contre la grande délinquance financière, ouverte en 2004. "Il a été nécessaire de trouver un équilibre entre la nécessité de faire respecter la loi et l'intérêt public général", a expliqué le SFO, invoquant aussi "la nécessité de préserver la sécurité nationale et internationale". Le SFO prétend que "les intérêts commerciaux ou l'intérêt économique national n'ont pas pesé" dans cette décision.

L'attorney général a ajouté que Tony Blair, ainsi que ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, lui avaient "clairement indiqué que la poursuite de l'enquête nuirait sérieusement à la sécurité du Royaume-Uni et de l'Arabie saoudite, à leur coopération diplomatique et dans les renseignements".

L'annonce a suscité un véritable tollé. A la Chambre des Lords, Simon Hughes, du parti libéral-démocrate, a dénoncé "les fortes pressions" de Tony Blair sur le directeur du SFO. "Cela n'équivaut-il pas à un chantage de l'Arabie saoudite ? Cela ne revient-il pas à encourager à céder aux exigences de l'Arabie saoudite quand elle réclamera des pots-de-vin?", a déploré son collègue William Goodhart.

L'ancienne ministre pour le développement international, Clare Short, qui avait quitté le gouvernement Blair en raison de son hostilité à la guerre en Irak, estime dans The guardian que "ce gouvernement est encore plus sale qu'on ne l'imaginait. Cela signifie que BAE est au dessus des lois. Le message envoyé aux hommes d'affaires corrompus est qu'ils peuvent continuer car le gouvernement les soutient".

C'est également une giffle pour le français Dassault et l'américain Lockheed Martin, tous deux sur les rangs pour décrocher cet énorme marché. L'avionneur français, interrogé par La Tribune, n'a "pas de commentaire sur cette affaire concernant le gouvernement britannique et l'Arabie saoudite". Ce type de contrat n'est pas directement négociés par l'avionneur, mais entre l'Etat français et la monarchie saoudienne. Le ministère de la Défense français n'avait toujours réagi en début d'après midi.

Pour le président de Transparency International, "cette décision décrédibilise complètement la convention OCDE contre la corruption internationale. Comment, s'interroge Daniel Lebègue, d'autres pays peuvent-ils faire respecter cette convention par leurs entreprises, si l'un des pays signataires, grand exportateur qui plus est, ne l'applique pas. C'est extrêmement grave. Le risque est grand que cette convention, ratifiée par l'ensemble des pays membres de l'OCDE et principal instrument de lutte contre la corruption internationale, soit mortellement atteinte. On revient quinze ans en arrière."


L'OCDE presse l'Ukraine de durcir sa lutte contre la corruption
Selon un nouveau rapport du Réseau anti-corruption de l'OCDE pour l'Europe orientale et l'Asie centrale, l'Ukraine est priée, dans le cadre d'une vaste campagne de renforcement de son combat contre la corruption, de s'attaquer au plus vite à ce problème, notamment dans les milieux politiques et judiciaires. Le rapport du Réseau anti-corruption analyse les quelques progrès réalisés par l'Ukraine pour mettre en pratique les recommandations formulées par l'OCDE au cours de son dernier examen en 2004. Pour l'OCDE, il est urgent de mettre en place un plan d'action anti-corruption, mené avec fermeté et doté d'un mécanisme de coordination efficace ; la législation pénale doit être réformée pour s'aligner sur les normes internationales et pour combler les lacunes qui permettent à des personnes corrompues d'échapper à toute sanction ; le parlement devrait pour sa part accélérer l'adoption de ces modifications ; enfin, l'OCDE souligne que la corruption fait dans l'ensemble l'objet de poursuites peu nombreuses. Seul un petit nombre d'affaires arrive devant les tribunaux et aboutit à des condamnations. L'immunité des hauts fonctionnaires constitue ainsi un obstacle de taille à la poursuite des actes de corruption à haut niveau et cette situation ne saurait perdurer.

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