La BCE prépare à un prochain relèvement des taux

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Faisant fi des préoccupations sur la hausse de l'euro depuis près de deux ans face au dollar, le Conseil de la Banque centrale européenne a relevé son taux directeur pour la sixième fois depuis un an. Jean-Claude Trichet, président de l'institution, a même suggéré qu'il y aurait un nouveau mouvement en février ou en mars.

"La politique monétaire reste accommodante. (...) La Banque centrale européenne (BCE) agira fermement et en temps voulu, (...) Le conseil suivra très étroitement toute évolution des prix". Après avoir relevé aujourd'hui son taux directeur d'un quart de point, le portant à 3,5%, le président de la BCE Jean-Claude Trichet a clairement laissé entendre qu'il ne comptait pas en rester là.

Suite à ce sixième tour de vis de 25 points de base depuis un an, l'année prochaine devrait connaître rapidement de nouveaux resserrements monétaires, probablement avant la fin de l'hiver. Mais le calendrier reste imprécis. Son discours, inchangé par rapport au dernier, laisse envisager une hausse des taux dès février. "Il est faux de présumer que la BCE relèvera les taux en février 2007", a-t-il néanmoins déclaré.

Si l'on en croit les économistes du consensus recueilli par l'agence Bloomberg interrogés avant la conférence, la BCE devrait procéder à une nouvelle hausse lors de la réunion monétaire du 8 mars, portant le taux directeur à 3,75%, pour terminer l'année 2007 à 4% avec un dernier tour de vis au quatrième trimestre. S'il indique que le niveau de taux reste "accommodant", ce sera le signe qu'une hausse est bien à prévoir avant la fin de l'hiver. Jean-Claude Trichet a également annoncé ses prévisions de croissance et d'inflation. Il a relevé sa prévision de croissance en zone euro en 2006 à 2,7% contre 2,5% anticipé auparavant et en 2007 à 2,2% contre 2,1%. En 2008, la croissance est attendue à 2,3%.

Même les révisions en baisse de l'anticipation d'inflation pour 2006, à 2,2% contre 2,4% estimé auparavant, et pour 2007, à 2% - dans les clous du seuil de tolérance de la BCE - contre 2,4% estimé précédemment n'ont donc pas réussi à faire fléchir la BCE, également soucieuse des agrégats de masse monétaire. "M1 reste fondamentalement très dynamique", a plaidé Jean-Claude Trichet.

Le président de la BCE a donc superbement ignoré les appels à la modération, notamment ceux des hommes politiques français, le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l'Economie et des Finances Thierry Breton en tête, inquiets de la dégradation du déficit commercial français et du manque de compétitivité dû selon eux à la vigueur de l'euro. De fait, le nouveau resserrement monétaire ne manquera pas de renforcer un peu plus la monnaie unique face au billet vert. Déjà ce matin, l'euro valait 1,3307 dollar après être repassé sous la barre des 1,33 dollar à 1,3290 dollar hier au soir. "Les mouvements désordonnés sur les marchés des changes ne sont pas souhaitables", s'est contenté de déclarer Jean-Claude Trichet.

Il faut dire que l'Allemagne ne souffre d'aucun problème de compétitivité et enregistre chaque mois un excédent commercial. Le problème de la balance commerciale française ne peut donc être mis complètement sur le compte de l'euro cher. Par ailleurs, les propos de la Chancelière allemande Angela Merkel et de la candidate socialiste aux élections présidentielles françaises Ségolène Royal en faveur de hausses de salaires peuvent faire craindre de nouvelles tensions inflationnistes, après l'envolée des matières premières, la croissance et la hausse de la TVA de trois points prévue à partir du 1er janvier 2007 en Allemagne. Selon Klaus Baader, chef économiste chez Merrill Lynch interrogé par l'agence Bloomberg, c'est là un autre argument de la BCE pour normaliser sa politique monétaire. Un pronostic confirmé par les propos de Jean-Claude Trichet. "Les risques inflationnistes liés aux salaires dans la zone euro augmentent", a-t-il déclaré.

Bien que le geste de la BCE ait été attendu, quelques réactions se sont faites entendre. "La Banque centrale européenne a voulu donner un signal de prudence. Personnellement, je ne suis pas particulièrement préoccupé par un ralentissement de la croissance", a déclaré Romano Prodi, chef du gouvernement italien. "Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus", a de son côté lancé Ségolène Royale, lors de la séance d'ouverture du congrès du Parti socialiste européen à Porto.

Un peu avant la décision de la BCE, la Banque d'Angleterre avait pour sa part choisi de laisser son taux directeur inchangé, à 5%.

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