Les électeurs néerlandais ont du mal à accepter les réformes qui les attendent

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Les chrétien-démocrates sortants, qui sont arrivés en tête des législatives de mercredi, ont déjà réalisé nombre de réformes, depuis l'assurance chômage jusqu'à la santé. Si l'économie s'en porte mieux, les électeurs montrent qu'ils ont du mal à suivre le rythme.

Les résultats du scrutin législatif aux Pays-Bas, mercredi, illustrent bien une tendance qui s'est déjà faite jour ailleurs en Europe: le parti Chrétien-démocrate, emmené par le Premier ministre sortant Jan Peter Balkenende, arrive en tête avec 41 sièges (sur les 150 que compte le Parlement), mais pas au point de se passer d'un, ou de plusieurs, partenaires pour gouverner. Car l'autre grand parti néerlandais, les Travaillistes, de tendance gauche modérée, n'obtient quant à lui que 32 sièges.

Au-delà, les partis plus extrêmes, à gauche comme à droite, ont réussi à tirer leur épingle du jeu en siphonnant une partie des voix. Autant dire, donc, qu'une majorité des électeurs néerlandais, à l'image du reste de l'Europe, se considère comme au centre, mais que, face à cette relative proximité des grands partis en termes d'idées, les extrêmes recueillent aussi de plus en plus de voix. Celles des déçus du système, et dans le cas des Pays-Bas, ceux qui ont, d'une manière ou d'une autre, pâti des réformes instaurées depuis quelques années par la coalition dirigée par Jan Peter Balkenende.

De fait, entre un durcissement des conditions d'obtention des indemnités chômage et autres prestations sociales (tel qu'un type de RMI ou encore des allocations pour invalidité), et une libéralisation du secteur de la santé, donnant lieu à des contributions plus élevées de la part des bénéficiaires, les Néerlandais ont souffert. Mais les résultats sont là: l'économie affiche l'une des meilleures santés de toute l'Union Européenne, avec une croissance de son PIB qui devrait dépasser les 3% cette année et un taux de chômage parmi les plus bas d'Europe, sur les niveaux de 5,5%.

Reste que si certains citoyens profitent évidemment des avancées économiques, d'autres sont sans doute restés sur le bas côté de la route. Et nombreux sont les Néerlandais qui s'inquiètent du creusement du fossé entre riches et pauvres dans le pays. Pas étonnant, dans ces conditions, qu'ils rejoignent les partis extrêmes pour exprimer leur opinion.

Si les grands débats de la campagne auraient pu être l'immigration et l'intégration, thèmes clés de la vie politique du pays depuis les assassinats du leader populiste Pim Fortuyn en 2002 et du cinéaste Théo Van Gogh en 2004, il n'en à rien été, les hommes politiques, surtout au centre, se rendant compte qu'ils n'ont pas grand-chose de nouveau à proposer dans le domaine.

Du coup, la campagne a eu tendance à se concentrer sur les réformes qui restent encore à faire, aussi bien en matière de fiscalité (la droite veut ainsi alléger celle des entreprises, la gauche prônant plutôt un allégement pour les ménages), que la flexibilité sur le marché du travail (la droite voulant assouplir les conditions de licenciement, la gauche voulant avant tout une meilleure formation), sans oublier la libéralisation du marché immobilier (la droite voulant libérer une partie du parc d'appartements à loyers modérés, la gauche voulant revoir la fiscalité sur le seuil d'imposition des intérêts des emprunts immobiliers afin de favoriser les bas revenus).

Mais il est clair que si certains Néerlandais voient l'intérêt de pratiquer de nouvelles réformes pour continuer de dynamiser l'économie, d'autres sont partagés - et surtout fatigués. La grande coalition qui, d'une part, prendra du temps à se mettre en place, et de l'autre, ne pourra qu'être modérée, leur donnera peut-être l'occasion de souffler un peu...

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