L'Inde interdit toujours l'arrivée du Clemenceau

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La Cour suprême indienne exige de nouvelles expertises avant d'autoriser ou non le porte-avion français à venir se faire démanteler en Inde. Une affaire d'autant plus embarrassante pour les relations franco-indiennes qu'elle s'ajoute aux polémiques sur l'OPA de Mittal sur Arcelor, et cela alors même que Jacques Chirac se rend en Inde en visite officielle.

C'est non: dans l'immédiat, le Clemenceau ne pourra pas pénétrer dans les eaux territoriales indiennes pour gagner le chantier où il doit être démantelé. La Cour suprême de l'Inde a en effet exigé ce matin la réalisation d'expertises complémentaires avant de se prononcer définitivement.

La Cour devait décider aujourd'hui si le Clemenceau serait ou non autorisé à gagner le chantier d'Alang, sur la côte occidentale d'Inde. En cause: la présence sur le navire de grandes quantités d'amiante, qui a suscité une vaste campagne de la part d'organisations de défense de l'environnement, qui accusent la France de vouloir se débarrasser de ses déchets toxiques auprès d'un pays émergent.

Pour se prononcer sur les dangers inhérents à l'arrivée du Clemenceau et sur la conformité de son transfert en Inde avec les traités internationaux sur les déchets dangereux (Convention de Bâle), la Cour suprême disposait de plusieurs rapports d'experts contradictoires. Elle a donc décidé ce matin de... demander une nouvelle analyse technique. Le ministère indien de la Défense devra constituer une commission d'experts chargés d'analyser la quantité d'amiante encore présente sur le navire. En attendant le rapport de cette commission, qui pourrait être remis dès vendredi prochain, le Clemenceau s'est vu interdire par la Cour suprême de pénétrer dans les eaux territoriales indiennes.

Pour les militants de l'environnement, le navire contient nettement plus d'amiante dans ses flancs que ne le disent les autorités françaises. Et les conditions de travail sur le chantier d'Alang exposeraient gravement la santé de ses travailleurs. La France, pour sa part, s'est déclarée prête à reprendre l'amiante qui serait extraite du Clemenceau lors de son démantèlement, a affirmé à Alang l'ambassadeur de France en Inde, Dominique Girard.

Un autre élément est venu aujourd'hui conforter la prudence des autorités indiennes vis-à-vis du Clemenceau. Un magistrat du Conseil d'Etat français a en effet recommandé que le transfert à l'Inde du porte-avions soit suspendu. Selon le commissaire du gouvernement (magistrat indépendant qui dit le droit et ne s'exprime pas au nom du gouvernement), une telle décision serait justifiée par les "doutes" qui pèsent "sur la présence d'une importante quantité d'amiante" dans le navire.

Cette affaire intervient à un moment particulièrement délicat pour les relations franco-indiennes. D'une part, le président de la République Jacques Chirac se rend à la fin de cette semaine en voyage officiel en Inde. Objectif: développer les relations commerciales entre la France et un pays en plein décollage, appelé à devenir un géant économique du XXIème siècle (voir ci-contre). Mais simultanément, le raid boursier lancé par le géant indien de l'acier Mittal sur le groupe européen Arcelor suscite de vives polémiques en France, où cette initiative a été très mal accueillie, notamment dans les milieux gouvernementaux (voir ci-contre). Autant dire que Jacques Chirac ne manquera pas de sujets de conversation avec ses interlocuteurs, en fin de semaine, à New Delhi.

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