Axa-Skyrock : un investisseur de la Place Vendôme chez les Lascars

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Avec plus de quatre millions de bloggeurs sur Skyblog, Skyrock est un exemple réussi d'adaptation des médias traditionnels à une ère nouvelle. Les investisseurs le savent.

Quel rapport entre le monde feutré d'un fonds d'investissement comme Axa Private Equity, installé sur la prestigieuse place Vendôme, et le ton parfois "relâché", pour ne pas dire pire, de la radio Skyrock avec son jeune public qui se reconnaît dans le rap et le R'nB ou déverse dans une profusion de journaux personnels qui n'ont plus rien d'intimes, les récits narcissiques et souvent indigents de vies adolescentes sur la vaste plate forme de blogs créé via l'adresse Skyblog.com ?

Ces deux mondes ne sont a priori pas faits pour se croiser. D'ailleurs, la première "blogosphère" européenne, peut-être la seconde au monde, avec 4,3 millions de bloggueurs sur Skyblog, est restée cette semaine totalement indifférente au fait qu'Axa Private Equity devienne le premier actionnaire d'Orbus, société mère du groupe radio et internet. Sur Skyblog, la recherche sur le mot-clé "Axa" ne conduit à aucun commentaire sur l'opération, tout au mieux à quelques bloggueurs se présentant comme agent (d'assurances) Axa.

Ce n'est d'ailleurs pas la notoriété qu'Axa Private Equity recherche à travers cette opération, où le respectable investisseur s'associe à une radio à l'antenne parfois incontrôlée et plusieurs fois mise en garde pour des propos outranciers. Non, ce qui a séduit Axa Private Equity, c'est la combinaison Skyrock + Skyblog qui apparaît aujourd'hui comme un des rares exemples de mutation réussie d'un média "jeune" mais traditionnel vers une nouvelle ère où l'usage d'Internet révolutionne le rapport du public au média. Là où une radio fédérait une audience, le système Sky-Rock-Blog agrège une communauté. Là où le média classique vendait à des annonceurs du temps (ou de l'espace) sur une antenne, cet outil communicant des temps nouveaux leur propose de suivre et de toucher des individus formant un groupe cohérent mais éclaté sur une multiplicité d'usages : l'écoute de la radio, la navigation sur les blogs, sur les sites internet de la galaxie Skyrock, les portails des opérateurs mobiles sur lesquels Skyrock a une offre. Pierre Bellanger, le fondateur et dirigeant de Skyrock, qui demeure actionnaire à 20%, se félicite d'avoir un coup d'avance sur tous les médias qui se cherchent encore une stratégie Internet. En touchant un public né avec un ordinateur dans les mains, Skyrock a, il est vrai, été poussé à se mettre en phase au plus vite que d'autres avec pratiques de cette nouvelle génération.

La stratégie de Skyrock n'est sûrement pas la seule réponse possible à la révolution internet qui secoue l'ensemble des médias. Mais de la presse écrite, qui peine à trouver comment s'adapter à l'après-Gutemberg (cf. Une presse sans Gutemberg. Jean-François Fogel et Bruno Patino) à la télévision, dont le spécialiste des médias Jean-Louis Missika, prédit "la fin" dans son dernier ouvrage ("La fin de la télévision"), en passant par les radios, qui pour offrir leurs programmes, à la demande, en podcast, décontruisent leur grille, et voient arriver des services musicaux sur les téléphones mobiles, baptisés "radios à la demande", nul ne peut dire ce qu'il adviendra des médias d'aujourd'hui. Pierre Bellander lui, qui avait un temps discuté d'une entrée au capital d'Orbus de TF1, ne s'inquiète pas de l'avenir, persuadé que son "écosystème" radio-Internet va continuer à se développer en restant autonome et auto-suffisant.

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