Les paradoxes de la puissance économique chinoise

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Si les indicateurs économiques chinois ont de quoi laisser rêveurs, ils cachent des disparités économiques et sociales au sein du pays.

Les statistiques en provenance de Chine n'arrêtent pas de donner le tournis. La croissance? Le PIB chinois a progressé de 10,2% au premier trimestre 2006 par rapport à la même période l'an dernier comme l'a annoncé en début de semaine le président Hu Jintao lors d'un discours télévisé. Les investissements capital fixe? Ils ont progressé de 25,7% en 2005 et la tendance devrait être la même en 2006 malgré le souhait de Pékin de limiter l'augmentation à 18%. L'excédent commercial ? Au premier trimestre de cette année, il a connu une hausse de 41,4% sur un an à 23,31 milliards de dollars, dont 11,19 milliards de dollars pour le seul mois de mars, le double pratiquement (+98,5%) de mars 2005. Les réserves de change ? Elles sont désormais les plus importantes du monde avec un montant atteint en mars de 875,1 milliards de dollars (+32,8% sur un an) contre 852,03 milliards pour le Japon (qui lui aussi a enregistré un record historique mais reste à la deuxième place derrière son rival ancestral).

Mais une fois que l'on procédé à cette énumération, au demeurant incomplète, on a l'embarras du choix quant à l'analyse. Les uns mettront en opposition cette dynamique de l'économie chinoise et les craintes qu'elle fait naître en Asie comme en Occident. Tous ces chiffres sont aussi des arguments de taille pour ceux, à commencer par les Etats-Unis, qui exigent de Pékin un meilleur respect des règles commerciales voire une surévaluation de sa monnaie. On connaît en effet le débat à propos du yuan et, loin d'être réglé, il devrait alimenter nombre de tensions à venir entre la Chine et ses partenaires.

Mais une autre question mérite d'être abordée. Comment concevoir qu'un pays qui dispose d'une telle force de frappe financière continue à maintenir une grande partie de sa population sous le seuil de pauvreté ? Car là aussi les chiffres donnent le (mauvais) tournis. De 100 à 300 millions de paysans sans terres sillonnent le pays à la recherche d'un improbable emploi - on les appelle les travailleurs migrants - quand tout une partie du salariat du secteur privé n'a aucun droit social ou syndical. Plus grave encore, les disparités salariales entre la Chine des villes et celle des campagnes vont continuer de s'accentuer avec un ratio de un à cinq entre villes et campagnes sachant que selon une récente étude du gouvernement chinois près de 30% des travaileurs migrants ne perçoivent que 500 yuans (62 dollars) par mois.

Ce choix politique de maintenir une partie de la Chine d'en bas dans une précarité absolue ne semble pas inquiéter les Occidentaux. Pourtant, plus que la surchauffe de l'économie, c'est le principal risque auquel est confronté l'ex-Empire du milieu. Une explosion sociale en Chine (déjà on compte près d'un millier de conflits sociaux par jour) infligerait en effet bien plus de dégâts à l'ensemble de l'économie mondiale qu'un yuan indéfiniment sous-évalué.

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