Innovation et concentration européenne : les recettes pour sauver l'industrie française

Afin de palier l'érosion de la compétitivité de l'industrie française, le cabinet de conseil McKinsey recommande, entre autres, une fluidité du marché du travail, un rapprochement de la recherche publique, privée et universitaire, ainsi que la création de pôles de compétitivité européens.

Aujourd'hui beaucoup débattue, la perte de compétitivité de l'industrie française est bien réelle. C'est du moins la conclusion que tire le cabinet de conseil McKinsey de son étude sur le secteur secondaire français. Entre 1978 et 2004, c'est la disparition de 1,8 million d'emplois qui y a été recensée et la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB a reculé de 23% à 14%. Selon McKinsey, la France a perdu quelque 720.000 postes depuis 1995 en raison du manque du dynamisme de son industrie, et l'industrie française accuse un net ralentissement des gains de productivité.

"Certes, la diminution relative du poids de l'industrie dans l'économie nationale s'explique principalement par la montée en puissance des services", tempère le cabinet, qui proscrit tout excès de pessimisme. Mais au regard de la chute de 16% de part de marché à l'export des produits français ces dix dernières années, force est de constater que notre offre a perdu en compétitivité.

Les Etats-Unis et l'Allemagne n'ont vu leur part de marché reculer que de 8% et 5% respectivement, alors que le Japon et l'Italie ont été encore plus mauvais élèves que la France en la matière. De leur côté, la Chine, l'Inde, le Mexique ou encore la Russie ont vu leurs parts de marché bondir de 152%, 53%, 42% et 25%. Mais la part des pays à bas coût dans les importations industrielles de la France n'est que de 11%, trois fois moins qu'aux Etats-Unis.

Nos voisins européens sont plus touchés par cette concurrence. Le paysage industriel français pourrait donc encore se dégrader si la concurrence sur les prix s'intensifiait. D'autant que la France est globalement l'un des pays où les importations industrielles sont déjà les plus élevées.

Pression sur les prix

Selon McKinsey, ce sont les secteurs sensibles à la qualité et au caractère innovant de leurs produits, mais aussi à une forte pression sur les prix, qui seront au coeur de la bataille industrielle dans les prochaines années. Ces secteurs, dont font partie l'automobile et les équipements de réseaux, regroupent en effet 40% des emplois industriels français. Les secteurs très innovants et de marque, comme le nucléaire, les semi-conducteurs et les produits de luxe, représentent 21% des exportations mais 12% des emplois seulement. Quant aux segments d'entreprises très exposées à la concurrence sur les prix, ils représentent tout au plus 20% des emplois industriels.

Afin de dynamiser l'industrie française, McKinsey suggère au gouvernement d'améliorer la fluidité du marché du travail, d'adapter le système éducatif à ses besoins, d'améliorer le potentiel de reconversion des salariés, et de réguler le marché sans le brider.

De fait, le développement du marché européen pour rivaliser avec les pays-continents que sont les Etats-Unis et la Chine s'avère crucial. La proximité permet de mieux répondre à la demande et de réduire les délais de livraison. Deux avantages avec lesquels la concurrence lointaine ne peut rivaliser. Au même titre que des champions européens, des centres de recherche communs permettraient de confronter les compétences et de bénéficier d'économies d'échelle.

Pôle d'excellence européen

Car les pôles high-tech en France, Crolles 2 Alliance et Rennes, sont de taille bien plus modestes que ceux d'Ecosse, de Finlande, de Suède ou d'Irlande, qui sont eux même bien inférieurs à ceux des Etats-Unis. Un pôle d'excellence européen est impératif pour rester dans la course mondiale. L'agrégation géographique des entreprises innovantes, de la recherche publique et des pôles universitaire est un autre gage de réussite.

Talon d'Achille de l'innovation française, les conditions de financement et de croissance de l'innovation privée doivent également être améliorées. Certes très prometteuses, les actions déjà engagées en ce sens par le gouvernement (création de l'Agence de l'innovation industrielle, renforcement du rôle d'OSEO, plan "gazelle") devraient être renforcées... vu l'enjeu. Surtout, la réforme de la fiscalité pour tirer profit des gains de capital-risque et l'assistance technique et managériale aux PME - connue aux Etats-Unis sous le nom de "Small Business Act"- apparaissent indispensables.

Par ailleurs, il est recommandé aux entreprises d'améliorer leur efficacité opérationnelle, grâce à une méthode des plus fructueuses en la matière appelée "lean", approche industrielle développée à l'origine par le constructeur japonais Toyota. Une démarche qui s'avère en réalité bien plus profitable que de délocaliser la production. Enfin, les entreprises doivent se concentrer sur les activités à forte valeur ajoutée (sous-traitance de la production au profit du design, marketing et distribution pour une entreprise de tissus par exemple).


La Commission européenne planche sur la compétitivité
Bruxelles vient de proposer une série d'actions de politique commerciale qui vise à renforcer la position de nos entreprises à l'étranger. Le projet préconise notamment le lancement de nouveaux accords bilatéraux, en priorité avec les marchés les plus importants pour l'Europe, et un renforcement de la protection de la propriété intellectuelle. Ce projet complète ainsi la stratégie de Lisbonne par un volet externe et représente une contribution importante aux réflexions en cours pour l'amélioration de la compétitivité européenne dans un monde globalisé. L'ensemble de ces mesures ont été applaudies par Christine Lagarde, ministre déléguée au Commerce extérieur.

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