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ÉconomieFrance

Reportage: une démonstration de force à l'ombre des casseurs

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Publié le 29 mars 2006 à 07:12 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 18:16

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Une marée humaine a déferlé de la place d'Italie jusqu'à la République pour réclamer une fois de plus le retrait du CPE. Mais en marge du défilé, quelques centaines de jeunes s'en sont de nouveau pris aux manifestants et aux commerces.

"Egalité des chances: casques, matraques et lacrymos pour tout le monde!": plus inquiets que ce groupe d'étudiants "néo-situationnistes" déguisés en CRS de pacotille, organisations étudiantes, syndicats et forces de l'ordre craignaient des débordements peu avant le départ de la grande manifestation anti-CPE dans les rues de Paris.

De fait, malgré un impressionnant dispositif policier (4000 CRS, gendarmes mobiles et policiers en civil) aux abords du cortège et un service d'ordre syndical omniprésent pour protéger les manifestants, des bandes de casseurs ont une nouvelle fois réussi à semer la panique dans le défilé.

Il était 16 heures quand des groupes très mobiles portant capuches et foulards pour masquer leur visage ont commencé leur rapine aux abords du Pont d'Austerlitz au cri de "on nique les étudiants": portables et appareils photos arrachés aux jeunes manifestants, tentative de pillage de petits commerces, journalistes coursés...

Comme jeudi dernier lors de la manif étudiante, la crise des banlieues s'est donc invitée dans la manifestation anti-CPE, mêlant jeunes et retraités, étudiants et salariés dans une ambiance jusque-là très festive et pacifique. Policiers de la BAC (Brigade anti-criminalité) et gros bras des services d'ordre syndicaux doivent alors intervenir à plusieurs reprises pour décourager ceux que les premiers appellent "JV" (pour jeunes violents) et les seconds plus prosaïquement "lascars"...

Vers 17h30, on signale des affrontements et des jets de projectile à l'arrivée du cortège Place de République. Les CRS doivent charger les casseurs au risque de voir la manifestation dégénérer.

Mais à la même heure, pour les centaines de milliers de manifestants qui défilent dans une ambiance bon enfant et scandent leur rejet du Contrat Première Embauche sur tous les tons, l'essentiel est décidément ailleurs: "Aujourd'hui, nous sommes 1 million à Paris, 3 millions dans les rues de France et de Navarre. C'est un raz de marée", s'enthousiasme un dirigeant de l'Unef.

"Villepin doit retirer son CPE ou se démettre car nous irons jusqu'au bout", renchérit Floréane, une toute jeune porte-parole de l'organisation lycéenne UNL au visage couvert de taches de rousseur. Pour appuyer ses dires, une centaine de jeunes étudiants en éducation physique piquent un sprint en scandant "Villepin serre les fesses, on arrive à toute vitesse"...

Entre Bastille et République, le boulevard Beaumarchais est noir de monde et à perte de vue c'est une véritable forêt de banderoles multicolores, de drapeaux rouges, noirs et de pancartes aux slogans les plus variés ("CPE = couillonnade pré-électorale", "Comment pourrir l'espoir", "Séparation de l'Etat et du Medef", "Villepin t'es foutu les mamies sont dans la rue")...

En dépit des violences et quels que soient les chiffres définitifs (à 18 heures la police n'avait toujours pas donné ses estimations, peut-être un signe du succès de la manifestation), syndicats d'étudiants et de salariés ont manifestement réussi une démonstration de force sans précédent depuis le début de la fronde anti-CPE il y a deux mois.

Et dans les rangs des manifestants, un mot d'ordre commençait à circuler dans la soirée: "on remet ça jeudi!". Bref, si Dominique de Villepin mise sur les vacances scolaires et l'approche des examens pour avoir les anti-CPE à l'usure, la partie n'est pas gagnée d'avance. Mais pour ce membre de la coordination étudiante interrogé en fin de parcours, "le risque maintenant pour nous ce sont ces casseurs qui n'ont rien à voir avec le mouvement anti-CPE mais qui servent objectivement les intérêts du gouvernement en faisant peur à la France profonde".

Alors que les incidents se poursuivaient place de la République, les forces de l'ordre ne pouvaient toutefois pas être accusées de laisser faire les casseurs: vers 18 heures, 105 "JV pour jeunes violents" avaient déjà été interpellés selon la Préfecture de Police de Paris.

La Tribune

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