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Auditions et déclarations s'accélèrent dans l'affaire Clearstream

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Publié le 23 octobre 2006 à 13:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:30

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Après l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, jeudi, c'est le Monsieur Intelligence Economique du gouvernement, Alain Juillet qui a été entendu aujourd'hui dans le cadre de l'enquête sur le dossier Clearstream. La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie va elle aussi s'expliquer avant, sans doute, Dominique de Villepin. Pendant que le patron de la DST explique pourquoi une note désignant le supposé "corbeau" a été détruite.

Depuis quelques jours, comme aux Galeries Lafayette, il se passe à tout instant quelque chose dans l'affaire Clearstream. Ce lundi, c'est le haut responsable pour l'intelligence économique auprès du gouvernement, Alain Juillet, qui a été entendu par les juges en charge de ce dossier. Pour mémoire, Clearstream est une obscure histoire de fonds secrets, venus de contrats d'armement, transitant par le Luxembourg, notamment via la chambre de compensation interbancaire nommé Clearstream (filiale de la Bourse de Francfort, la Deutsche Börse), censés être destinés, selon différents listings à l'origine douteuse, à des personnalités du monde politique - Nicolas Sarkozy en tête -, voire du show business...

Clearstream est devenu une affaire d'Etat, avec un affrontement au sommet entre Nicolas Sarkozy, rapidement reconnu innocent, et Dominique de Villepin soupçonné d'avoir caché l'enquête sur ce dossier, voire d'avoir ourdi une machination contre l'actuel ministre de l'Intérieur, son rival potentiel pour l'élection présidentielle de 2007.

Ce lundi, le directeur de la DST (Direction de la sécurité du territoire, le contre-espionnage français), Pierre Bousquet de Florian -que Nicolas Sarkozy suspecte de lui avoir caché, en accord avec Dominique de Villepin, qu'une enquête était diligentée à son sujet dans cette affaire Clearstream- a dû s'expliquer dans un communiqué adressé à l'Agence France Presse (AFP). Il y confirme qu'a bien été détruite une note de la DST désignant le "corbeau" auteur des listings. Il s'agirait de Jean-Louis Gergorin, longtemps en charge de la stratégie du groupe européen d'aéronautique et d'armement EADS, maison-mère d'Airbus.

Le patron de la DST affirme pourtant que cette note "n'avait plus d'utilité" car elle était destinée à alimenter un entretien entre Dominique de Villepin, à l'époque ministre de l'Intérieur, et Arnaud Lagardère, grand actionnaire du groupe EADS et dont le père avait été très proche de Jean-Louis Gergorin (le groupe Lagardère ayant amené ses actifs dans l'aéronautique, la défense et l'espace pour créer EADS avec les Allemands de DaimlerChrysler). Selon le directeur de la DST, ce document n'apportait ni affirmation, ni encore moins de preuve à l'encontre de Jean-Louis Gergorin. Cerise sur le gâteau, Pierre Bousquet de Florian dit ne pas se souvenir si cette note a été détruite par lui-même ou par Dominique de Villepin.

La classe politique se retrouve en tout cas désormais dans le collimateur des juges pour cette affaire Clearstream. Comme l'avait révélé le journal l'Est Républicain, l'ex-Premier ministre et sénateur de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin, a été interrogé par les juges en charge du dossier Jean-Marie d'Huy et Henri Pons jeudi dernier pendant plusieurs heures. Il n'a pas souhaité faire de commentaires à la sortie, indiquant qu'il s'exprimerait ultérieurement. Son ex-conseiller en communication, Dominique Ambiel, dont le nom était apparu dans un des listings Clearstream, avait, lui, été entendu par les juges à la mi-septembre.

Déjà, mercredi dernier, le Conseil des ministres de permettre avait autorisé la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, numéro trois du gouvernement, à être entendue par la justice dans cette affaire. Son compagnon, Patrick Ollier, président UMP de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale a été mis en cause dans ce dossier. "Je veux savoir pourquoi, et s'il était visé, si c'était moi aussi qui l'étais" avait commenté la ministre à l'issue du conseil des ministres.

Dominique de Villepin s'attend lui aussi à une demande d'audition de la part des juges. Il a d'ailleurs déclaré mercredi dernier qu'il souhaitait apporter son témoignage "le plus rapidement possible" sur ce dossier. "Cela fait partie des exigences démocratiques", a-t-il souligné. Son ancien directeur de cabinet au ministère des Affaires étrangères (de 2002 à 2004) Pierre Vimont a, lui, été entendu il y a une semaine par les juges d'instruction en charge de l'affaire.

Si le Premier ministre, son prédécesseur, et la ministre de la Défense se retrouvent sous pression, c'est en raison de l'implication de personnalités qui gravitent dans leur orbite. C'est le cas du très secret général Rondot, un temps conseiller au ministère de la Défense et chargé apparemment par Matignon d'enquêter sur cette affaire. Le discret directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, Philippe Marland, s'est lui aussi penché sur Clearstream.

Mais les deux hommes clés du dossier sont eux aussi proches de Matignon et de l'hôtel de Brienne (petit nom du ministère de la Défense). Jean-Louis Gergorin en premier lieu mais aussi Imad Lahoud, à la fois informaticien et financier. On soupçonne ces deux hommes d'avoir été à l'origine d'un ou de plusieurs listings comportant toute une liste de noms censés avoir reçus des sommes illicites via Clearstream. Dans une de cette liste figure, sous des noms à peine maquillés, Nicolas Sarkozy.

En outre, Jean-Louis Gergorin a travaillé avec Dominique de Villepin - il l'a même dirigé - au Quai d'Orsay, dans la cellule stratégique du ministère des affaires étrangères. Et c'est ce même Gergorin qui a embauché ensuite Imad Lahoud chez EADS, au risque de gêner le frère de ce dernier, Marwan Lahoud, PDG de la société de missiles MBDA dont EADS est l'un des grands actionnaires.

Pour corser le tout, cette affaire s'est développée en pleine guerre des chefs chez EADS, le patron d'Airbus de l'époque, Noël Forgeard (très proche de Jacques Chirac) ayant bataillé pour prendre la place de Philippe Camus, à la co-présidence du groupe. Or, le nom du conseiller principal de Noël Forgeard, Philippe Delmas, apparaissait aussi sur le fameux listing. A tel point qu'il a été mis toute une nuit en garde à vue, le soir même de la première présentation de l'Airbus géant A380. Il a pu y voir un coup de son ex-ami devenu rival, Jean-Louis Gergorin, proche, lui, de Philippe Camus.

Tout le travail des juges va maintenant être de répondre à cette question complexe: est-ce une affaire de rivalité humaine et industrielle qui a dégénéré, en impliquant au passage des politiques, au premier chef Nicolas Sarkozy, ou bien une véritable affaire d'Etat ? La réponse ne sera pas neutre dans l'optique des élections présidentielles de 2007.

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