Un an après sa création, la polémique sur le CNE ne désenfle pas

Très prisé par les PME, le CNE reste sujet à caution quant à son impact en termes de création d'emploi durable. Alors que Dominique de Villepin attribue la moitié des créations d'emploi au CNE, l'Insee estime que seuls 10% des CNE correspondent à des créations d'emplois.

Après s'être longuement félicité d'un taux de chômage descendu à 9% en juin, le gouvernement ne manquera pas de souligner demain l'efficacité du contrat nouvelles embauches (CNE), mis en place le 4 août 2005. Il faut dire qu'en près d'un an, l'administration a enregistré plus de 550.000 intentions d'embauche en CNE.

Ce contrat à durée indéterminée, débutant par une période de deux ans au cours de laquelle l'employeur peut licencier son salarié sans justification, représente désormais 8,8% des intentions d'embauches dans les entreprises de moins de 20 salariés, auxquelles il est réservé. L'engouement des premiers jours s'est cependant un peu tari: le nombre d'intentions d'embauches en CNE n'a cessé de diminuer au fil des mois, alors même que le marché du travail retrouvait des couleurs.

Confronté à un chômage supérieur à 10%, Dominique de Villepin avait lancé dès son arrivée à Matignon l'idée d'un contrat de travail offrant "plus de souplesse" aux employeurs et de "nouvelles sécurités" aux salariés. Le CNE "a permis de débloquer l'embauche dans les très petites entreprises", s'est déjà récemment félicité le Premier ministre, affirmant que "la moitié des créations d'emplois en France" lui sont dues.

Mais ces résultats affichés sont contestés. Dans une étude publiée en juin, l'Insee estime que seuls 10% des CNE correspondent à des créations d'emplois, 70% s'étant substitués à des CDD ou à des CDI classiques et 20% correspondant à de simples anticipations de recrutements. L'Union professionnelle artisanale (UPA) estime de son côté que 28% des artisans n'auraient pas embauché et 9% auraient retardé leur recrutement sans le CNE.

Parallèlement, les craintes des syndicats de voir émerger une nouvelle catégorie de "salariés kleenex" -- attisées cet hiver par la tentative de transposer la formule chez les jeunes à travers le CPE -- sont toujours vives. Le CNE a entraîné "beaucoup de précarité pour peu d'emplois", a estimé aujourd'hui la CFDT dans un communiqué. Selon l'Insee, 30% des CNE ont été rompus six mois après la création du dispositif, mais ce taux élevé résulte plus souvent d'une décision du salarié (45% des cas) que de l'employeur (38% des cas). Les experts estiment qu'il faudra attendre l'été 2007 pour savoir si les employeurs auront joué le jeu en transformant les CNE en CDI au bout de la "période d'essai" de deux ans ou auront licencié leur salarié juste avant le terme.

En attendant, les recours de salariés en CNE estimant avoir été licenciés abusivement, se sont multipliés devant les Prud'hommes. "Surmédiatisés" selon le patronat, ces cas ont conduit les syndicats à afficher leur ferme intention d'"avoir la peau" du CNE, sans pour autant lancer de mobilisation comparable à celle ayant abouti au retrait du CPE. Ils misent sur l'action juridique -- l'Organisation internationale du travail doit rendre à l'automne un avis sur la validité du CNE -- et semblent compter sur les échéances électorales. A quelques mois des présidentielles, la crise du CPE pourrait, quoi qu'il en soit, avoir refermé pour un temps le débat sur la réforme du contrat de travail, que le CNE avait ouvert il y a tout juste un an.

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