Le patron de la Coface souligne les talents cachés du commerce extérieur français

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Pour le patron de la Coface, non seulement le déficit commercial n'a rien de problématique, mais la France recèle bien des talents grâce à la diversification de son offre et ses produits de haute technologie. Seules les PME, souvent de taille trop modeste, mériteraient d'être aidées.

Les inquiétudes sur le creusement du déficit français se font ressentir plus fortement à chaque publication des chiffres du commerce extérieur par les Douanes. En juillet, le déficit commercial s'est creusé à 3,7 milliards d'euros après 2,3 milliards en juin. Sur les sept premiers mois de l'année, le déficit cumulé s'élève à plus de 16 milliards d'euros. Les exportations décrochent alors que les importations poursuivent leur lancée. "L'économie française a dépassé le point haut de son cycle et est désormais entrée dans une phase de ralentissement. 2007 s'annonce difficile", s'inquiète Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès.

Pourtant, la situation est loin d'être dramatique. "Tout d'abord, un déficit commercial n'a rien de problématique aujourd'hui", estime François David, président de la Coface, qui assure les entreprises françaises à l'étranger. Le déficit annuel des deux économies les plus dynamiques de la zone euro, à savoir la Grande-Bretagne et l'Espagne, s'élèvent respectivement à 90 et 105 milliards d'euros. Et pour nos voisins britanniques, qui ne sont pourtant pas importateurs de pétrole, ce déficit est chronique et n'a aucune incidence sur la livre sterling. L'exemple des Etats-Unis, en très bonne santé malgré un déficit abyssal, n'est pas non plus dénué d'intérêt.

"Par ailleurs, la France est le deuxième exportateur mondial par tête derrière l'Allemagne, un indicateur bien plus significatif", plaide François David. Un Français exporte 60% plus qu'un Américain et 30% de plus qu'un Espagnol. La raison de cette performance ? La diversification et le niveau technologique de l'offre. Le pays fabrique d'excellents produits, que ce soit dans la maroquinerie, les lanceurs spaciaux, le matériel de défense ultra-sophistiqué...

De ce point de vue, la France n'a rien à envier à l'Allemagne, spécialisée sur les biens d'équipement moyennement sophistiqués, susceptibles de rencontrer une forte concurrence des produits chinois d'ici une vingtaine d'années. "La première puissance économique européenne pourrait bien alors connaître le même destin que l'Italie aujourd'hui" estime François David. Alors que l'Italie excellait il y a quelques années grâce à des produits peu chers de moindre qualité que ses voisins, elle connaît aujourd'hui une faible croissance et un déficit important. De plus, le dynamisme du commerce extérieur germanique n'a pas empêché le pays d'enregistrer un taux de croissance moyen peu enviable compris entre 0% et 1% depuis six ans.

La France n'est pour le moment pas plus vulnérable que ses concurrents à la Chine, loin s'en faut. Ses parts de marché mondiales ont décliné de 7,5% en 1993 à 4,5% aujourd'hui, mais celles du Japon ont également reculé de 9,5% à 5% et celles des Etats-Unis de 12,3% à 8%. De son côté, l'Empire du Milieu a vu ses parts de marché bondir de 2% à 8%. La forte sensibilité aux grands contrats, souvent pointée du doigt, n'est pas non plus un argument tenable pour critiquer ce déséquilibre, puisque ces contrats ne représentent que 7% du commerce extérieur français...et les Airbus 3%.

"Il est désormais bien établi que l'industrie française a du mal à composer avec le renchérissement de l'euro qui nuit fortement à la compétitivité de nos entreprises", indique Alexander Law, chez Xerfi. Reste que cette composante est loin d'être aussi problématique qu'elle ne l'est pour les exportations américaines avec la Chine. Le déficit commercial avec la Chine s'élève à 100 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année. Il est indispensable que le yen soit réévalué, essentiellement pour les Etats-Unis. Mais la Chine dispose de moyens de pression considérable, dotée de 700 milliards de reserves en dollars.

Bien sûr, l'Hexagone a aussi ses faiblesses. Certes, les PME françaises qui exportent sont environ 100.000, ce qui est équivalent aux 200.000 en Allemagne, compte tenu d'un PIB presque deux fois supérieur outre-Rhin. Mais ces PME françaises sont de taille trop modeste et n'ont souvent pas les moyens de leurs prospections commerciales. "Aider ces entreprises à exporter serait un vrai remède pour réguler le chômage et résorber le déficit", estime François David.

Mais l'aide aux petites entreprises, qui consiste essentiellement à leur fournir une information sur la solvabilité de leurs clients étrangers, une aide à la prospection et l'accompagnement des ministres lors de leurs déplacements, ne doit pas exclure l'aide aux grands contrats, radicalement différente.

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