La panne d'électricité de samedi relance le débat sur l'énergie européenne

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La panne géante d'électricité survenue ce week-end témoigne d'un manque crucial de coordination en matière d'énergie en Europe. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé hier soir le lancement d'une enquête.

Une défaillance d'une ligne haute tension en Allemagne et c'est le black-out dans toute l'Europe... Voilà de quoi alimenter le débat sur l'organisation énergétique européenne. Samedi soir entre 22h et 23h, ce sont quelque 10 millions d'Européens qui se sont trouvés plongés dans le noir, dont la moitié en France, où l'on n'avait pas vu de panne aussi grave depuis 30 ans. La panne a également affecté l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne mais aussi dans une moindre mesure le Portugal, la Belgique les Pays-Bas, la Croatie, l'Autriche et la République tchèque.

Un tel bouleversement serait dû à l'arrêt programmé d'une ligne à très haute tension dans le nord-ouest de l'Allemagne pour permettre la circulation d'un bateau sur la rivière Ems. La défaillance a provoqué un déséquilibre brutal de production en Europe, qui s'est retrouvée littéralement coupée en deux, avec un déficit de 10.000 mégawatts sur la partie ouest, a expliqué le président du Réseau de transport français (RTE), André Merlin.

L'incident de samedi soir l'a prouvé, le besoin de coordination entre les pays est donc crucial. Le président de RTE a plaidé de nouveau pour la mise en place d'un "Centre européen de coordination de transport d'électricité". Le chef du gouvernement italien Romano Prodi est allé encore plus loin en demandant une "autorité commune européenne" en matière d'énergie. "C'est absolument contradictoire d'avoir plusieurs connections européennes et de ne pas avoir une autorité unique européenne", a-t-il dit.

"La gigantesque panne d'électricité qui a touché cinq millions de foyers en France est une bonne illustration de l'urgence qu'il y a à nous engager dans la voie de cette Europe de l'énergie", a affirmé le Premier ministre Dominique de Villepin lors d'un Comite interministériel sur l'Europe à Matignon, télévisé en direct. "Ce qu'il nous faut, ce sont aussi des centrales qui puissent réagir au quart de tour. C'est pour cela qu'il faut en parallèle, des centrales à gaz, des centrales qui démarrent très vite", a renchéri Thierry Breton, ministre de l'Economie. "Pour faire face aux besoins croissants de sécurité, de mutualisation de nos apprivisionnements et de nos productions d'énergie au niveau européen, il va nous falloir des investissements considérables. C'est plus de 1.000 milliards d'euros qu'il va falloir investir sur les 25 à 30 ans qui viennent pour faire face à ces besoins. D'où la nécessité d'avoir de très grands groupes", a-t-il dit, en allusion à la fusion GDF-Suez.

Du côté de l'opposition, ce dysfonctionnement est l'occasion de défendre les vertues du service publique. "Cette panne rappelle utilement la nécessité d'avoir de grandes entreprises publiques en matière d'électricité. Aucun système aujourd'hui n'est totalement sécurisé. Il y a donc besoin d'une garantie de service public quant à la qualité de fonctionnement et d'approvisionnement" ainsi que pour "les constructions" d'installations d'énergie, a déclaré le porte-parole du PS, Julien Dray

La fédération CGT de l'Energie a estimé au contraire que "ce n'est pas en multipliant les autoroutes de l'énergie en Europe ou en instaurant un système de régulation européen que les citoyens seront à l'abri d'un black-out".
Selon elle, la "gigantesque panne démontre la fragilité du système électrique européen qui conduit à une dépendance de la France", la fédération CGT demande donc "l'arrêt de la déréglementation du secteur". L'association écologiste Agir pour l'environnement a dénoncé "l'imprévoyance des gestionnaires des réseaux électriques".

De son côté, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé hier soir lancer une enquête sur la panne "pour assurer une information complète due aux consommateurs". La CRE va proposer lors de la réunion du 7 novembre à Bruxelles du Conseil européen des régulateurs de l'énergie "de constituer une enquête européenne afin de déterminer la chaîne des responsabilités".

Le groupe d'énergie E.ON a déjà commencé à se défendre ce matin en réfutant les critiques du gouvernement allemand sur le mauvais état de son réseau, estimant qu'il était en "bon état et entretenu en permanence". Selon le porte-parole du groupe, Christian Schneller, l'arrêt de la ligne pour permettre la navigation du bateau de croisière "Norwegian Pearl" est effectivement à l'origine de la panne mais ne peut être la seule explication. L'enquête est ouverte.

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