Quand l'économie islandaise s'enflamme...

Ce tout petit pays a beau faire partie des plus riches de l'OCDE, il souffre de tensions sur le marché du travail et du prix des importations qui ont fait s'envoler l'inflation islandaise à près de 9%. Les autorités profitent d'une croissance robuste pour infliger un traitement de choc: des taux d'intérêt à 13,5%.

A l'heure où le monde occidental s'angoisse de voir l'inflation s'installer durablement au-dessus des 2% de rigueur, l'un des plus petits pays de l'OCDE, l'Islande, doit affronter un monstre: une inflation annuelle de 8,6% enregistrée au mois de juillet, bien supérieure aux 2,4% de la zone euro ou aux 4,1% des Etats-Unis durant la même période.

Deux raisons à cela. Du fait de sa petite taille et d'une économie axée sur le commerce extérieur, le pays reste très vulnérable aux chocs externes. Or, la forte correction du taux de change ces derniers mois a fait flamber le prix des importations. Le recul de la confiance des investisseurs a en effet eu pour conséquence de faire basculer la couronne islandaise de 17% par rapport à l'euro depuis le début de l'année. Autre facteur de hausse des prix: le pays ne recense à ce jour que 2.184 chômeurs, sur une population de 293.291 habitants, malgré sa large ouverture aux travailleurs étrangers. De quoi créer quelques tensions sur le marché de travail, où les salaires grimpent depuis un an au même rythme que l'inflation.

Aux grands maux les grands remèdes, la méthode employée par la banque centrale islandaise est à la hauteur de la problématique. L'établissement a relevé de 3% ses taux depuis le début de l'année pour les porter à la mi-août à... 13,5%. Une rigueur qui commence déjà à porter ses fruits puisque la couronne a regagné 7,8% contre l'euro depuis fin juin.

Quatrième pays le plus riche de l'OCDE

Bien qu'en recul, l'économie islandaise semble suffisamment solide pour encaisser un tel choc. Selon l'OCDE, la croissance est attendue à 4,1% cette année contre 5,6% l'an dernier et 8,2% en 2004. Après une longue période d'asthénie, le pays a connu une croissance moyenne de 4% durant la dernière décennie, le propulsant au quatrième rang des pays les plus riches de l'OCDE. Un retour en grâce attribuable aussi bien à la libéralisation des marchés financiers qu'aux privatisations qui ont favorisé le dynamisme entrepreneurial. Très dépendante de la pêche, qui constitue encore près de 60% de ses exportations, l'Islande a également entrepris de diversifier son économie vers d'autres secteurs comme l'aluminium, les biotechnologies, l'informatique... Enfin, le tourisme est promis à un bel avenir, avec quelque 300.000 touristes par an.

Mais voilà, cette croissance s'est accompagnée de déséquilibres structurels majeurs qui ont effrayé les investisseurs. Fitch Ratings a ainsi abaissé en février dernier sa notation de la dette de l'île, du fait de l'inflation, de la dette extérieure (plus de 150% du PIB fin 2005), du déficit commercial (-735 millions d'euros fin 2005) et de la surchauffe de l'économie.

Selon l'OCDE, ces déséquilibres sont imputables en partie aux gros investissements réalisés dans les secteurs de l'énergie et de la production d'aluminium, mais aussi à une demande dynamique des ménages financée à crédit. Dans une étude publiée en juillet, l'Organisation préconise un prompt rétablissement de l'équilibre macroéconomique par le biais d'un effort concerté des autorités monétaires et budgétaires. Car "en l'absence d'une action rapide et vigoureuse, la stabilité du marché financier pourrait être menacée", prévient l'OCDE.

Politique de rigueur

Outre un net resserrement des taux, il est recommandé à la banque centrale d'avoir une communication claire sur la poursuite de sa politique de rigueur. Car les multiples tours de vis effectués sur les taux directeurs n'ont pas été répercutés par les banques sur les taux débiteurs réels. Peut-être les institutions financières ne s'attendaient-elles donc pas à ce que les taux restent élevés. Côté budgétaire, l'effet expansionniste des réductions fiscales accordée depuis 2003 doit être compensé par un recul des dépenses publiques afin que le budget reste bénéficiaire.

Les grands projets d'investissement ne devraient donc pas démarrer avant que les déséquilibres macro-économiques n'aient été résorbés. D'autant que ces projets concernent essentiellement le secteur de l'aluminium. Les exportations de ce métal pourraient rapidement constituer plus de la moitié des exportations, ce qui constituerait un nouveau déséquilibre.

Enfin, dernière difficulté à affronter pour l'Islande: l'éducation. Malgré les dépenses accrues dans ce domaine - désormais les plus élevées de l'OCDE -, les résultats du système d'enseignement à la fin de la scolarité obligatoire sont décevants, et les disparités entre travailleurs non qualifiés et hautement qualifiés restent très élevées. Avec les besoins accrus des secteurs financiers et technologiques, le gouvernement aura donc à étudier de très près sa stratégie dans ce domaine.

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