"Le virage à gauche de l'Amérique Latine ne remet pas en cause son économie de marché"

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Le succès de la gauche en Amérique Latine s'est récemment confirmé, avec l'élection de Michelle Bachelet au Chili et d'Evo Morales en Bolivie. Pour autant, selon Carlos Quenan, économiste chez Ixis, l'économie de marché du sous-continent n'est pas remise en cause.

latribune.fr - Où en sont les économies latino-américaines?

Carlos Quenan - La région connaît une croissance depuis deux ans grâce au faible coût du financement et la vigueur des exportations, favorisées par la hausse du prix des matières premières. Mais le cycle de croissance de la région est entré dans une phase un peu plus modérée: après avoir atteint 6% en 2004, puis 4% en 2005, la croissance du PIB devrait décélérer encore un peu cette année.

Quelles sont les raisons de cette décélération?

Plusieurs paramètres à cela: le ralentissement attendu de la croissance américaine et du tassement de la croissance de pays comme le Venezuela et l'Argentine, qui ont connu des envolées de leur PIB de 9% l'an dernier, après de graves récessions au début des années 2000. Enfin, le Brésil a été très affecté par le durcissement de la politique monétaire, avant qu'une nouvelle phase de baisse du taux directeur ne débute dans les derniers mois de 2005.

Malgré ce ralentissement, cette croissance reste donc pérenne?

L'embellie économique observée depuis le début de la décennie en Amérique Latine s'effectue dans un cadre budgétaire et monétaire très maîtrisé. Dans un bon nombre de pays, la hausse des recettes fiscales a été mise à profit pour réduire ou stabiliser les ratios d'endettement public. Au contraire des précédentes phases d'expansion, la croissance s'accompagne d'une inflation relativement modérée et d'un excédent des comptes courants, grâce à la bonne tenue des exportations. Pour asseoir la croissance, il faudra toutefois que l'investissement - qui a connu une considérable reprise ces deux dernières années - atteigne des niveaux bien plus élevés. Il s'agit-là d'un des principaux défis de la région.

Le virage politique du sous-continent n'est-il pas une source de déstabilisation?

Certes, le cycle électoral latino-américain, qui s'achèvera avec les présidentielles au Venezuela fin 2006, confirme un rejet des orientations libérales, avec l'intronisation au cours des dernières années de Chavez au Venezuela, Kirchner en Argentine, Lula au Brésil, Vazquez en Uruguay et plus récemment Michelle Bachelet au Chili et Evo Morales en Bolivie. Mais globalement, même si des dérives laxistes ou populistes sont toujours possibles et si l'incertitude politique peut s'accroître, ce virage à gauche ne constitue pas de remise en cause fondamentale de l'économie de marché ou de rupture totale vis-à-vis des institutions financières internationales.

Les craintes se concentrent-elles dans certains pays?

Trois pays sont surveillés de près. Les relations entre la Bolivie de Morales, le FMI et, notamment, les investisseurs étrangers dans le secteur énergétique - dont les contrats devraient être renégociés - risquent d'être plus tendues (voir ci-contre). Au Pérou, le candidat Ollanta Humala se caractérise par un discours nationaliste agressif. Enfin, parmi les grands pays, le Mexique suscite une certaine méfiance. Les marchés craignent la victoire en juillet 2006 du principal candidat de l'opposition, Andrés Lopez Obrador. Et il n'est pas du tout sûr que le président élu disposera d'une majorité claire au parlement, qui lui permettrait de gouverner le pays d'une manière cohérente.

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