La courbe des taux des obligations européennes s'est inversée

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Les taux à deux ans ont dépassé les taux à dix ans dans la zone euro ce matin, pour la première fois depuis 2000. Alors que les taux courts sont dopés par la rigueur de la politique monétaire de la BCE, la forte demande d'obligations à long terme renchérit leur prix, ce qui fait baisser mécaniquement leurs rendements. L'euro a atteint un plus haut historique face au yen.

Pour la première fois depuis six ans, le rendement des obligations à deux ans a dépassé celui des obligations à dix ans. Connu sous le nom d' "inversion de la courbe des taux", ce phénomène menaçait depuis le milieu du mois de mai en Europe. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) continue de faire grimper ses taux directeurs et d'influer ainsi mécaniquement sur les taux d'intérêt courts, les rendements à plus long terme, eux, restent résolument bas. Résultat, la hiérarchie logique des taux, qui veut qu'un placement à long terme soit plus rémunérateur qu'un placement à court terme, a fini par se trouver bouleversée.

L'inversion a été observée ce matin sur les obligations allemandes, qui servent de référence dans la zone euro. Le rendement des obligations allemandes remboursables en 2008 a atteint 3,73% ce matin, un point de base de plus que celui des obligations dix ans. Mauvaise nouvelle, un tel phénomène a précédé les quatre dernières récessions aux Etats-Unis.

Explication: les rendements des obligations à deux ans atteignent aujourd'hui un plus haut depuis quatre ans, dans le sillage de la remontée des taux de la BCE, qui a relevé cinq fois son taux directeur depuis décembre dernier et devrait procéder à un dernier tour de vis le mois prochain. De leur côté, les taux longs restent bas, les obligations étant soutenues par les anticipations de ralentissement économique, et d'une inflation contenue par la hausse du coût des emprunts. Cette demande dope le prix des obligations et tire mécaniquement vers le bas les rendements à long terme. Autre force de rappel importante, les fonds de pension, les banques centrales asiatiques et les pays exportateurs de pétrole disposent d'immenses réserves qu'ils investissent dans cette classe d'actifs.

"Déjà présente aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, cette inversion n'est que passagère car elle ne traduit pas d'anticipation de récession; elle est simplement due à un phénomène de flux qui perturbe la lecture traditionnelle de la courbe des taux", analyse Alain Bokobza, stratège à la Société Générale. "Les taux longs à un bas niveau aideront à contrecarrer le ralentissement de l'économie", conclut-il.


L'euro touche un plus haut historique face au yen
Ce sont également les perspectives de renchérissement du loyer de l'argent lié aux resserrements monétaires de la BCE qui ont propulsé aujourd'hui l'euro à un plus haut historique face au yen. Alors que les cambistes tablent sur une hausse des taux d'intérêt européens à 3,50% en décembre, les taux sont en revanche très bas au Japon, à 0,25%. L'euro a atteint 151,38 yens, un sommet depuis sa création.

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