Au top de la technologie mondiale, l'Amérique pleure ses ingénieurs

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L'administration Bush s'alarme du déclin américain et déplore qu'Inde et Chine produisent cinq fois plus d'ingénieurs que les Etats-Unis. Faux, répondent les milieux scientifiques, à couteaux tirés avec le gouvernement.

Quelle ironie! Au moment même où l'administration Bush martèle que les Etats-Unis risquent de perdre leur leadership technologique, le Forum économique mondial (WEF) vient de lui redonner le titre de pays "le plus ouvert aux technologies de l'information et de la communication". La première puissance économique mondiale, qui avait chuté à la cinquième place du classement l'an dernier, a été "dopée par l'excellence de son enseignement supérieur et l'étendue du champ de coopération entre instituts de recherche et monde des affaires", ont indiqué cette semaine les auteurs du classement, rétrogradant Singapour à la deuxième place.

Depuis plusieurs semaines, l'administration déplore pourtant qu'en 2004, 70.000 ingénieurs "seulement" soient sortis des universités américaines alors que dans le même temps, l'Inde en a "produit" 350.000 et la Chine 600.000. Les Américains, en perte de vitesse donc, auraient un "problème" avec les sciences et ce, dès leur plus jeune âge, affirme la Maison-Blanche.

Voilà pourquoi, en vertu du très controversé programme "No child left behind" - qui prévoit que les subventions des écoles publiques leur soient désormais attribuées en fonction de leurs "performances" - les établissements sont contraints de mettre l'accent sur l'enseignement de l'anglais et des mathématiques au détriment des autres matières. Un objectif qui fait débat dans les milieux scolaires et scientifiques, où l'on craint la saturation des élèves et, in fine, un phénomène de rejet des sciences.

Les milieux scientifiques contestent non seulement la méthode Bush mais son analyse. Selon une enquête réalisée par TechComm, le journal national de la commercialisation des technologies, l'administration se livrerait à un bien mauvais calcul. La revue souligne que les 70.000 ingénieurs américains auxquels fait référence l'administration sont sortis de l'université au terme de quatre années d'études ("undergraduates") alors que parmi les diplômés indiens et chinois mentionnés figurent un "nombre massif" de jeunes qui sont restés trois ans ou moins sur les bancs de leur établissement, ce qui fausse toute comparaison qualitative.

Ce débat est très représentatif du décalage existant actuellement entre le gouvernement, dont les aspirations en matière de science répondent souvent à des critères politiques ultra-conservateurs, et les réalités du monde scientifique. De l'avis général, jamais le courant n'est si mal passé entre les deux parties depuis la première élection de George W. Bush. Les pommes de discorde ne manquent pas: restrictions pour la recherche sur les cellules souches, rationnement des visas des étudiants et des chercheurs étrangers, dénigrement de la théorie de l'évolution de Charles Darwin...

Et les menaces chinoise et indienne dans tout ça? L'Inde occupe toujours la quarantième place du classement annuel du WEF (sur 115 pays), alors que la Chine a perdu neuf places pour y figurer en cinquantième position. Pour l'heure, les Etats-Unis, où un tiers des chercheurs de la planète sont employés, gardent une large avance sur le reste du monde.

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