Bon courage, monsieur Paulson !

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Lorsqu'il accédera à la tête du Trésor, Henry Paulson, le patron de Goldman Sachs, aura pour mission de remonter le moral des ménages américains. Une tâche périlleuse pour le CEO le mieux payé de Wall Street, qui sera désormais soumis aux humeurs des proches du président.

Après trois ans de loyaux services, le soldat John Snow s'apprête à être démobilisé. Arrivera pour lui succéder à la tête du Trésor d'ici à quelques semaines Henry Paulson, directeur général de Goldman Sachs depuis 1999. Prestigieuse, la fonction est en apparence aisée compte tenu d'une conjoncture très favorable: la première économie mondiale, dont la croissance s'est élevée à 5,3% au premier trimestre, tourne à plein régime tandis que le taux du chômage a été ramené à 4,7%.

Le président Bush a toutefois voulu se séparer d'un secrétaire au Trésor jugé incapable de "vendre" certaines de ses réformes, comme la privatisation partielle du système de retraite, et inapte à convaincre les Américains, amenés à renouveler une partie du Congrès le 2 novembre prochain, de la formidable chance qu'ils ont de bénéficier d'une telle prospérité. Début mai, 70% des Américains sondés par l'institut Gallup estimaient que les conditions économiques actuelles étaient au mieux "acceptables" ou "faibles"...

Professeur d'économie à Harvard et ancien conseiller de Bill Clinton, Jeffrey Frankel attribue ce malaise au fait que "les bénéfices de la croissance de la productivité ont pour l'essentiel profité aux entreprises, très peu aux actifs". En 2005, la rétribution des ménages représentait 65,4% du revenu national américain contre 66,1% en 2001, année où George W. Bush a pris ses fonctions. Dans le même temps, la part des bénéfices des entreprises est passée de 8,5% à 12,3%.

"Hank" Paulson saura-t-il remonter le moral des ménages? C'est ce qu'espèrent Karl Rove, le "stratège" du président, et aussi Josh Bolten, le nouveau secrétaire général de la Maison-Blanche, qui remanie au pas de charge l'administration Bush et la garde rapprochée du président. Bolten a lui-même quitté ses fonctions de directeur du budget de la Maison-Blanche au profit de Rob Portman, éphémère représentant au Commerce, dont le poste est désormais occupé par son ancien bras droit, Susan Schwab.

Habitué à piloter une gigantesque entreprise - Goldman Sachs est la plus grande banque d'affaires américaine en termes de capitalisation boursière - "Hank" Paulson devra désormais composer avec les sensibilités et les susceptibilités des proches du président. De l'avis général, les succès de ses ministres sont toujours attribués à l'hôte de la Maison-Blanche. En revanche, les échecs ou l'impopularité de ses décisions sont généralement imputés à ces mêmes secrétaires d'Etat...

Une vie nouvelle s'ouvre donc pour le CEO le mieux payé de Wall Street qui, après avoir été formé aux exigences de scrupuleux conseils d'administration, sera soumis à celles des ténors du parti républicain, à la foudre de l'opposition démocrate et, in fine, au verdict de l'opinion publique.

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