Jean-Claude Trichet laisse anticiper une nouvelle hausse des taux en décembre

Le président de la BCE a indiqué cet après-midi que la banque centrale continuera à "surveiller de près" les tensions inflationnistes. Après la cinquième hausse d'un quart de point depuis décembre dernier décidée aujourd'hui, à 3,25%, la probabilité d'un autre tour de vis en décembre se confirme. La hausse des taux risque de peser l'an prochain sur une croissance somme toute fragile.

Les statistiques robustes des dernières semaines n'ont fait qu'encourager la Banque centrale européenne (BCE) dans sa décision. Comme annoncé il y a déjà plusieurs semaines, l'institut de Francfort a relevé aujourd'hui d'un quart de point à 3,25% son taux directeur. C'est le cinquième tour de vis de 25 points de base de la BCE depuis décembre dernier.

Certes, l'inflation de la zone euro est retombée à 1,8% en glissement annuel en septembre, un plus bas depuis janvier 2005 et dans les clous du seuil de tolérance de la BCE, fixé à 2%. Mais Jean-Claude Trichet continue de considérer que la politique monétaire, à ce niveau, reste "accommodante", et que la croissance autorise à garder le cap sur une zone de neutralité. D'autant que l'évolution de la masse monétaire M3 s'inscrit près de deux fois au dessus de la valeur de référence de 4,5%. Enfin, les crédits immobiliers continuent de croître à un rythme à deux chiffres.

La plupart des économistes s'attendent donc à une hausse supplémentaire des taux à 3,5% lors de la prochaine réunion monétaire le 7 décembre. Ce pronostic a été confirmé par le discours de Jean-Claude Trichet, cet après-midi, qui a indiqué qu'il fallait "surveiller de près" les tensions inflationnistes. Un discours finalement très proche de celui prononcé lors de la dernière réunion monétaire en août. Pour ne plus laisser planer l'ombre d'un doute, Jean-Claude Trichet est même allé jusqu'à dire "je ne vais pas contredire les attentes d'une hausse des taux en décembre des marchés".

Davantage que l'inflation, "c'est plutôt la croissance qui mériterait une forte vigilance", prévient Alexandre Bourgeois, économiste chez Natexis. Ainsi, certains économistes redoutent-ils la poursuite de ces resserrements monétaires, en raison de la fragilité de la croissance des douze pays de la zone euro. De fait, la zone euro reste la lanterne rouge de la croissance mondiale.

Certes, le rattrapage de l'Allemagne, le dynamisme conjoncturel mondial et le recul de l'euro de 2005 - qui a joué sur 2006 - ont dopé l'économie cette année. "Mais le ralentissement sera marqué l'an prochain, en raison d'une croissance allemande pénalisée par la hausse de la TVA, les politiques budgétaires restrictives (en France, en Italie...), la hausse des taux et la hausse de l'euro", estime Marc Touati, chez Natexis. Pour Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès, une poursuite du durcissement monétaire aura pour effet de refroidir la consommation et de freiner les investissements des entreprises, déjà inquiètes de la dégradation de leur trésorerie. Il est donc aujourd'hui clair que, si la BCE décide de continuer son cycle de hausse des taux d'intérêt, elle aura désormais de plus en plus de mal à le justifier du point de vue de la stricte analyse économique.

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