"Le budget européen, c'est une montagne qui accouche d'une souris ! "

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Evitant in extremis un échec des négociations, les chefs d'Etat sont parvenus mi-décembre à un accord sur le budget européen. De même qu'à l'OMC, les négociations ont abouti à des avancées à peine perceptibles, estime Philippe Weber, économiste chez CPR Asset Management.

latribune.fr- Quelle conclusion tirez-vous de l'issue des négociations sur le budget européen?

Philippe Weber- C'est une montagne qui accouche d'une souris! Certes conséquents dans l'absolu, les montants sur lesquels ont porté les négociations sont infimes par rapport au budget de l'Union européenne, et plus encore comparés au PIB total des pays membres. A 862 milliards d'euros, les dépenses de l'accord budgétaire pour la période 2007-2013 n'excèdent que de 17 milliards d'euros la proposition initiale de la Grande-Bretagne, qui avait provoqué un véritable tollé il y a quelques semaines. Par ailleurs, en cédant sur son rabais, dont la défense s'avère aussi extravagante que celle de la politique agricole commune (PAC), à laquelle la France s'accroche bec et ongles, la Grande-Bretagne a renoncé à seulement une dizaine de milliards d'euros sur cinq ans.

La Grande-Bretagne ne ressort donc pas vraiment perdante des négociations?

Pas du tout. Tony Blair a obtenu que le rabais ne baisse pas; il a seulement accepté que celui-ci ne s'accroisse pas dans les années à venir de 1,5 milliard d'euros par an, comme prévu. Or ce rabais, dans sa totalité, n'a plus lieu d'être. Obtenu par Margaret Thatcher - dont les convictions n'étaient pas franchement pro-européennes - au milieu des années 1980, cette ristourne se justifiait à l'époque par le peu de bénéfice que tirait la Grande-Bretagne de la PAC et par le marasme économique dans lequel était plongé le pays. Or, non seulement l'agriculture s'est un peu développée outre-Manche, grâce à la PAC d'ailleurs, mais surtout l'économie britannique est florissante depuis une dizaine d'années. Même une croissance ralentie à 1,7% cette année a de quoi faire des envieux parmi ses voisins européens.

Pas de perdants, mais pas vraiment de gagnants non plus dans ces négociations?

Politiquement, la chancelière allemande Angela Merkel s'est clairement imposée sur la scène internationale! Là où l'on s'attendait à un échange entre Tony Blair, Jacques Chirac et José Luis Rodriguez Zapatero, c'est elle qui a insisté pour obtenir cette concession de la Grande-Bretagne. Au prix, il est vrai, de la TVA sur la restauration française. S'arc-boutant sur la PAC, Jaques Chirac n'a de son côté rien obtenu.

Pourquoi cette obstination?

La question s'impose dans la mesure où l'agriculture représente 40% du budget de l'Union européenne... pour seulement 3% de sa population. Autant de ressources qui devraient être allouées en priorité aux besoins de la recherche et de l'éducation. Si l'aide aux agriculteurs paraîtrait pleine de bon sens dans un secteur en déclin, le soutien à la production agricole contre toute raison conduit à des aberrations. Qu'il s'agisse des agriculteurs ou des restaurateurs, on ne peut pas exclure une part de clientélisme.

Dénominateur commun des deux sommets, c'est aussi le système des subventions agricoles qui a paralysé la réunion interministérielle de l'OMC à Hong Kong?

Oui, là aussi le soit-disant "succès" masque une réalité bien moins glorieuse. Les pays riches n'ont pas cédé sur l'agriculture. Par exemple, la suppression des aides aux exportations américaines de coton, très vantée, ne résoudra pas le problème des bas prix qui empêchent les pays africains du nord du Sahel, comme le Mali et le Niger, de vendre leur coton. Car ce sont en réalité les aides des Etats-Unis à leurs producteurs, de 3 à 4 milliards de dollars annuels, soit environ 750.000 dollars de subventions par agriculteur, qui baissent artificiellement les prix du coton. Les pays les plus pauvres sont une fois de plus les grands perdants de ces négociations, puisque leur problème de débouché agricole n'est pas résolu, alors qu'ils se voient obligé d'abaisser leurs droits de douane pour les produits industriels et les services.

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