Déficit américain : des inquiétudes exagérées ?

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Inquiets de l'abyssal déficit courant américain, FMI et G7 préconisent des solutions plus ou moins réalistes. Mais l'impact de la flambée du pétrole et des délocalisations atténue l'ampleur du problème. Le krach du dollar et des flux financiers internationaux n'est pas forcément pour demain.

Les Etats-Unis consomment, l'Asie épargne. Entre les deux, le flux de capitaux ne tarit pas. Le Fond monétaire international (FMI), réuni la semaine dernière à Washington, n'a eu de cesse d'inciter à une réduction du déficit courant américain, dû principalement à la faiblesse du taux d'épargne des ménages et au déficit budgétaire des Etats-Unis. Financé essentiellement par l'épargne asiatique, chinoise en particulier, le déficit général de la balance courante américaine a atteint le niveau record de 805 milliards de dollars en 2005.

Face au gouffre des déficits des Etats-Unis, on trouve l'épargne chinoise. Stimulée par l'absence de système de retraites et d'assurance maladie, celle-ci représente environ la moitié du revenu des ménages chinois. Pour des raisons évidentes de sécurité, cette manne se trouve essentiellement investie en obligations du trésor américain, ce qui soutient le dollar. Récemment au plus bas depuis sept mois face à la monnaie unique, le billet vert pâtirait d'un essoufflement de cet afflux de capitaux en provenance des pays asiatiques, si par exemple la Chine ou le Japon décidaient de rééquilibrer leur portefeuille au profit de l'euro.

Le FMI s'inquiète donc d'un décrochage brutal du dollar. "L'arrêt de ce refinancement des Etats-Unis par les banques centrales étrangères provoquerait une chute du dollar d'autant plus forte que, en raison de la disproportion entre importations et exportations des Etats-Unis, la baisse du dollar aggraverait le déficit commercial en raison de la hausse du prix des importations", explique Patrick Artus, chez Ixis. Entre autres conséquences fâcheuses, ce recul fragiliserait considérablement la compétitivité des produits européens.

Des solutions difficiles

Pour résorber ce déséquilibre, le G7, réuni dans la foulée à Washington le week-end dernier, a demandé à la Maison-Blanche de stimuler l'épargne domestique et aux pays émergents d'encourager la demande intérieure et de permettre une plus grande flexibilité de leurs taux de change. Une incitation à la consommation asiatique apparaît moins risquée qu'une augmentation de l'épargne américaine, susceptible de provoquer un ralentissement économique.

En ce qui concerne la devise chinoise, le Congrès et le patronat américain accusent Pékin de maintenir le yuan artificiellement bas, ce qui confère aux exportations chinoises un avantage concurrentiel déloyal. Lors d'une rencontre entre les présidents chinois et américain la semaine dernière, les deux hommes ont campé sur leurs positions. Hu Jintao a assuré que Pékin poursuivra la réforme de son système des changes, tandis que George W. Bush a continué de réclamer une réévaluation plus forte de la monnaie chinoise.

Echange de bons procédés

"Pragmatisme et gradualisme devraient rester les deux maîtres mots de la politique de change chinoise", estime Olivier Bizimana, économiste au Crédit Agricole. Et une réévaluation progressive du yuan n'altérerait pas outre-mesure la compétitivité des marchandises chinoises. "Par ailleurs, le déficit de la balance commerciale américaine est également attribuable aux délocalisations de la production, et cet aspect là du déséquilibre n'a rien d'inquiétant", souligne Nicolas Bouzou, économiste chez Xerfi. Au contraire: nombre d'entreprises américaines accroissent leur profits en ne conservant sur le territoire américain que l'amont et l'aval de leurs activités.

Ainsi, Dell conçoit chez lui ses ordinateurs, sous-traite la production en Asie et assemble les pièces détachées aux Etats-Unis. De son côté, la Chine devient une terre d'investissement et de plein emploi. "Les intérêts économiques de la Chine et des Etats-Unis sont moins antagonistes qu'on ne le prétend, le FMI s'attache aux dangers macro-économiques du déséquilibre et néglige à tort les avantages des entreprises", ajoute l'économiste qui souligne que cela fait des dizaines d'années que le déficit se creuse sans qu'il n'ait provoqué de crise. Le risque systémique paraît donc limité, du moins tant que la croissance américaine restera soutenue.

Un déficit moins inquiétant qu'il n'y paraît

Autre argument permettant de relativiser le déficit courant américain, sa croissance est désormais liée à l'inflation du prix des importations de pétrole. Mais les Etats-Unis gagnent des parts de marchés à l'exportation. "Grâce à sa compétitivité, le secteur privé reprend peu à peu le pas sur la politique de relance du gouvernement; les bases de la croissance américaine deviennent plus saines", estime Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

"Enfin, les institutions financières asiatiques achètent également des actions américaines, le financement du déficit américain est plus diversifié qu'on ne le croit", nuance également Nicolas Bouzou. De fait, la balance des paiements américaine montre que le financement du déficit repose depuis 2004 de plus en plus sur des capitaux d'origine privée. "L'attractivité des Etats-Unis pour les opérateurs privés témoigne également d'une meilleure rentabilité du pays", ajoute Xavier Timbeau. Sans compter que sur le plan géopolitique, cette moindre dépendance aux réserves de change nipponnes et chinoises s'avère particulièrement appréciable pour les Etats-Unis.

Certes, la première puissance économique de la planète ne pourra probablement pas vivre indéfiniment à crédit. Mais il convient de prendre en compte le poids de l'inflation des cours du pétrole et la part des effets de la délocalisation pour atténuer l'ampleur du déficit. Sans compter que la part croissante des investissements privés pour le financer limite les risques d'un effondrement brutal du dollar.

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