Chili : des élections sous le signe de la continuité

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Quel que soit le vainqueur de la présidentielle de ce dimanche, les fondements de la politique économique du pays ne devraient pas changer. Les sondages placent en tête la socialiste Michelle Bachelet devant le candidat de droite Sebastián Piñera.

C'est dans le calme, presque avec indifférence, que les milieux d'affaires, sur place comme à l'étranger, attendent les résultats du scrutin qui a lieu le 15 janvier au Chili. Même la perspective de voir une femme, socialiste de surcroît, accéder à la présidence dans un pays encore très conservateur ne semble pas émouvoir grand monde. Il est vrai que la "Concertación", la coalition de centre gauche qui soutient la candidature de Michelle Bachelet, très probable vainqueur, d'après la plupart des sondages, du second tour organisé ce dimanche, est au pouvoir depuis 1990.

Il est vrai aussi que la gauche chilienne, contrairement à ses homologues de beaucoup de pays de la région, n'est ni antilibérale ni anti-mondialisation. Au contraire, au cours des quinze dernières années elle a conduit la modernisation de l'économie en appuyant l'entreprise privée et en renforçant l'ouverture du pays. Le président sortant, Ricardo Lagos, également socialiste a, plus encore que ses prédécesseurs chrétiens démocrates Patricio Aylwin et Eduardo Frei, personnalisé cette politique que ne renierait pas un Tony Blair.

Mais cette orientation libérale et modérée, qui a permis au pays de connaître un taux de croissance moyen de 5% durant 15 ans, s'est accompagnée de politiques sociales actives qui ont contribué à une nette amélioration des indicateurs sociaux. De la sorte, le Chili d'aujourd'hui, "meilleur élève" latino-américain en matière de développement, affiche un revenu par tête parmi les plus élevés de la région (plus de 9.000 dollars) avec des indices de pauvreté relativement bas (moins de 20%).

Si la victoire annoncée de la candidate socialiste s'inscrirait dans la continuité, celle, apparemment plus improbable, de son adversaire Sebastián Piñera, ne marquerait sans doute qu'un changement limité. Certes, avec le représentant de la coalition de droite et de centre droit, l'alternance jouerait pour la première fois depuis le retour de la démocratie. Mais Piñera, propriétaire d'un important groupe industriel, ne pourra pas s'éloigner du chemin tracé par la gauche, qui vaut au président sortant Ricardo Lagos l'approbation de 70% de ses concitoyens. De plus, dans la course aux électeurs du centre et aux indécis, obligatoire pour le second tour, les positions des deux adversaires se sont rapprochées sur l'essentiel.

Pour les experts, quel que soit le prochain président chilien, les fondements de la politique économique ne changeront donc pas: excédent budgétaire (même si Piñera a évoqué la possibilité de s'en tenir à l'équilibre), ouverture sur l'extérieur (les exportations ont atteint 30 milliards de dollars en 2005, pour un solde commercial record de 9,5 milliards), soutien à l'investissement productif.


Médecin et fille de militaire
Agée de 54 ans, mère de trois enfants, médecin, ancienne ministre de la Santé puis de la Défense, Michelle Bachelet est la fille d'un général non putschiste mort sous la torture durant la dictature. Elle a été elle-même torturée, comme l'a également été sa mère, avant de s'exiler en Allemagne orientale. Membre du Parti socialiste, elle connaît une rapide ascension après le retour de la démocratie. Elle accède à la notoriété sous Ricardo Lagos et acquiert un profil de présidentiable quand ce dernier la nomme à la Défense. Avec les 46% des suffrages obtenus au premier tour et une bonne campagne pour le second, elle est aujourd'hui en passe de devenir la première femme présidente du Chili, la cinquième en Amérique latine. Outre l'espagnol, Michelle Bachelet parle l'anglais, l'allemand, le français et le portugais.

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