Arcelor fusionne avec le Russe Severstal

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Arcelor annonce ce matin la création d'un nouveau numéro un mondial de l'acier. Allié au russe Severstal, le groupe affichera un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros. L'opération valorise Arcelor à 44 euros par action et lui permet de contrer l'offre de Mittal. L'actionnaire de référence de Severstal, Alexey Mordashov, détiendra 32% du capital du nouveau groupe, et le solde se détenu par les actionnaires d'Arcelor.

Arcelor a peut-être bien trouvé la vraie parade à l'offre d'achat du groupe Mittal Steel. Confirmant les informations publiées par La Tribune ce matin, le groupe a annoncé sa fusion avec le géant russe de l'acier Severstal. L'opération valorise Arcelor à 44 euros par action (hors dividende), "soit une prime de 100% par rapport au cours de clôture de l'action Arcelor au 26 janvier 2006, veille de l'annonce par Mittal Steel de son offre hostile, et une prime de 36,6% sur le cours de clôture de l'action Arcelor le 25 mai 2006 (hors dividende)", précise Arcelor dans son communiqué.

Selon les termes de l'accord, Arcelor détiendra 89,6% de Severstal. Alexey Mordashov, l'actionnaire de référence de Severstal, paiera pour sa part 1,25 milliard d'euros en numéraire en contrepartie d'actions Arcelor, au prix de 44 euros par action. Il recevra ainsi 295 millions d'actions Arcelor nouvellement émises au cours de 44 euros, et détiendra 32% du capital du nouvel ensemble. Il s'est engagé à ne pas accroître sa participation pendant quatre ans et à ne pas céder ses titres pendant cin ans. Les actionnaires actuels d'Arcelor détiendront pour leur part 68 % du capital du nouvel Arcelor.

Joseph Kinsch et Guy Dollé resteront respectivement président du conseil d'administration et PDG. Pour sa part, Alexey Mordashov deviendra président non-exécutif du conseil d'administration.

Le nouvel ensemble deviendra ainsi le premier groupe sidérurgique mondial, avec un chiffre d'affaires pro forma de 46 milliards d'euros, et un Ebitda (équivalent de l'excédent brut d'exploitation) de 9 milliards d'euros. Le groupe produira par ailleurs 70 millions de tonnes d'acier. "Le nouvel ensemble bénéficiera d'une nouvelle couverture géographique exceptionnelle et équilibrée, avec des positions de premier plan à la fois sur les marchés développés et sur les marchés émergents", explique Arcelor dans son communiqué.

De fait, le groupe prendra une place de numéro un en Europe, Russie et Amérique du Sud. Il sera en forte position en Amérique du Nord. Plus de 40% de son Ebidta sera généré au Brésil et en Russie.

D'après Arcelor, cette fusion sera positive pour les actionnaires des deux groupes. Il estime que l'impact sera positif sur le bénéfice par action dès 2006, avant prise en compte des synergies. Ces synergies sont d'ailleurs estimées à 590 millions d'euros, au minimum. Enfin, les actionnaires recevront au plus 7,6 milliards d'euros, en dividende et par le biais d'une offre publique de rachat d'actions (OPRA).

"Le Conseil d'administration d'Arcelor est convaincu que le rapprochement avec Severstal donne sa pleine mesure à la valeur intrinsèque d' Arcelor, et qu'il présente pour les actionnaires d'Arcelor une logique industrielle plus forte, une valeur plus élevée et des règles de gouvernance d'entreprise meilleures que l'offre de Mittal Steel. C'est pourquoi nous croyons que cette opération est dans le meilleur intérêt des actionnaires d'Arcelor", a déclaré Joseph Kinsch, président du conseil d'administration d'Arcelor.

Ce nouveau rebondissement risque de porter un coup fatal à l'offre de Mittal Steel sur Arcelor. Le groupe indo-néerlandais a lancé son offre en numéraire et titres, qui court jusqu'au 29 juin. Mittal pourrait avoir du mal à relever une nouvelle fois son offre, alors qu'il l'a déjà relevé le 17 mai dernier, la portant à 25,8 milliards d'euros contre 18,6 milliards proposé auparavant.

Cette offre hostile avait notamment suscité des levées de boucliers de la part des dirigeants d'Arcelor, mais aussi des gouvernements français, espagnol et luxembourgeois. Les autorités se sont en particuliers inquiétées de l'impact social de cette acquisition.

Dans le cas de fusion d'Arcelor et se Severstal, Guy Dollé affirme qu'il n'y aura pas d'impact négatif sur l'emploi sur les usines européennes. Reste que les syndicats affichent leur vigilance. "Les propos du PDG d'Arcelor Guy Dollé nous inquiètent puisqu'il annonce 590 millions d'euros de synergies, car cela impliquerait des doublons" d'emplois, a ainsi déclaré à l'AFP Marc Barthel, représentant national CGT d'Arcelor. La CGT d'Arcelor doit se réunir le mercredi 31 mai pour faire une analyse industrielle du groupe russe.

De son côté, le gouvernement français, qui avait marqué son opposition au projet de rachat d'Arcelor par Mittal, estime, concernant la fusion Arcelor-Severstal, qu'il n'a "pas à s'immiscer" dans les décisions du conseil d'administration d'une entreprise...

Arcelor emploie 96.000 personnes dans plus de 60 pays, dont 77% des effectifs en Europe. Pour sa part, Severstal Group emploie au total 150.000 personnes.

Mittal Steel, dont l'offre est de 20% inférieure à la nouvelle valorisation d'Arcelor, à 44 euros, estime pour sa part que l'offre déposée reste valable. "Mittal a présenté une amélioration très, très solide de l'offre et son offre est toujours valable pour les actionnaires d'Arcelor. Il n'est pas nécessaire de relever l'offre", a déclaré une source proche de Mittal.

En Bourse, le titre Arcelor recule de 2,97% à 33,05 euros à la clôture.

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