Le dilemme italien du Crédit Agricole

Est-il plus confortable d'être le grand actionnaire d'une banque moyenne, ou le petit actionnaire d'une très grande banque? Cette question doit aujourd'hui occuper l'esprit des dirigeants du Crédit Agricole, qui se doivent de redéfinir leur stratégie vis-à-vis du marché italien. Jusqu'ici, les choses étaient plutôt claires. Actionnaire de longue date de Banca Intesa, le groupe français était parvenu à consolider sa position tant sur le plan capitalistique (avec un rôle clé au sein du pacte d'actionnaires) qu'industriel (avec l'alliance dans la gestion d'actifs). Or, la fusion entre Banca Intesa et Sanpoaolo-IMI change radicalement la donne. Tout d'abord, le poids du Crédit Agricole dans le capital du futur géant bancaire européen sera inférieur à 10%, ce qui est insuffisant pour influer réellement sur sa stratégie. Ensuite, le futur groupe pèsera sensiblement plus lourd en Bourse que son actionnaire historique, ce qui risque d'affaiblir les positions du groupe bancaire français lorsqu'il s'agira de parler "business" avec son homologue italien. Dans ces conditions, c'est toute la stratégie italienne de la banque verte qui doit être remise à plat. Sachant que le groupe mutualiste français n'a pas forcément vocation à dépenser quelques milliards d'euros pour se rapprocher des 20% du capital d'Intesa-Sanpaolo, il lui faudra beaucoup de détermination pour ne pas rester un simple "sleeping partner". De l'autre côté des Alpes, aussitôt la fusion annoncée, les spéculations ont repris de plus belle concernant les intentions du Crédit Agricole: céder ses actions, reprendre des agences ou mettre la main sur les activités de gestion d'actifs de Sanpaolo-IMI.Les discussions vont certainement bon train. Le Crédit Agricole dispose d'un atout pour faire valoir ses vues: sa position au sein du pacte d'actionnaires de Banca Intesa le rend indispensable. Mais dans le même temps, ses interlocuteurs transalpins n'ignorent pas qu'il ne peut pas tirer purement et simplement un trait sur ses ambitions italiennes tant il a besoin de s'internationaliser. Les négociations sont donc plus équilibrées qu'il n'y paraît, même si, sauf surprise, ni les uns ni les autres n'ont intérêt à se brouiller.

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