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EADS: l'entrée de l'Etat allemand au capital est loin d'être acquise

La Tribune

Publié le 19 octobre 2006 à 13:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:30

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Le ministre allemand des Transports estime que l'Allemagne est loin de reprendre les 7,5% d'EADS que voudrait céder DaimlerChrysler. Des banques et investisseurs financiers seraient d'ailleurs sur les rangs.

L'Etat allemand ainsi que les Etats-régions, les landers, vont-ils faire leur entrée au capital du groupe européen d'aéronautique et d'armement EADS, maison-mère d'Airbus? C'est tout sauf certain aujourd'hui. "Nous en sommes loin", déclare d'ailleurs le ministre allemand des Transports Wolfgang Tiefensee. Il y a quelques jours, pourtant, la chancelière Angela Merkel avait officiellement évoqué cette possibilité qui faisait l'objet de rumeurs depuis de longues semaines. Des dirigeants de landers avaient eux aussi évoqué avec assurance cette solution publique.

Selon le journal allemand des affaires le Handelsblatt, partenaire de La Tribune, plutôt que l'Etat allemand, c'est un consortium de cinq banques et investisseurs financiers - dont Deutsche bank, Commerzbank et Goldman Sachs - qui pourrait entrer au capital d'EADS.

Si cette question de l'évolution du capital d'EADS est sur la table, c'est que son grand actionnaire privé allemand DaimlerChrysler, déjà descendu de 30% à 22,5% dans le capital, aimerait encore en céder 7,5%. Dans le même temps, son alter ego français, le groupe Lagardère, actionnaire à hauteur de 15%, a prévu lui aussi d'en céder progressivement 7,5% (via un portage financier) pour descendre à 7,5%. Son partenaire côté hexagonal, l'Etat français, qui compose avec Lagardère la holding Sogeade, dit, lui, vouloir garder ses 15% d'EADS.

Une entrée de l'Etat allemand - par exemple via la banque publique KfW - est en tout cas combattue par les dirigeants allemands du groupe européen d'aéronautique et d'armement. Thomas Enders, le co-président exécutif, et Manfred Bischoff, co-président non exécutif - et pressenti pour devenir le futur président du conseil de surveillance de tout le groupe DaimlerChrysler - répètent depuis plusieurs jours qu'ils sont réticents à voir l'Etat allemand entrer au capital, n'appréciant guère les mélanges public-privé. Thomas Enders qualifie même cette solution dans le Wall Street Journal de "retour à l'âge de pierre".

Cet avis est partagé par le président de la fédération allemand de l'industrie (BDI) qui demande à ce que soit privilégié le recours à des investisseurs privés pour la reprise des parts de DaimlerChrysler dans le capital d'EADS. Il estime que si la solution trouvée passait par la reprise de cette participation par la KfW, cela ne devrait être que pour "une durée limitée dans le temps". Un débat qui comporte un présupposé: qu'en tous les cas, la part cédée par DaimlerChrysler reste dans le giron allemand, afin que la part germanique reste au moins équivalente à celle des Français.

Il existe un autre Etat présent au capital d'EADS (à 5,48%), c'est l'Espagne, via son holding public de participations Sepi, Madrid ayant apporté au mariage franco-allemand EADS en 1999-2000 son constructeur aéronautique public Casa.

Tous ces débats sont suivis de près par les Etats-Unis, patrie des principaux rivaux d'EADS et d'Airbus tels Boeing. Ils plaident pour que la participation qui serait cédée dans le capital d'EADS le soit sur le marché ou du moins à des acteurs privés. Ils laissent ainsi planer la menace de porter plainte par exemple devant l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce - où s'affrontent déjà Européens et Américains sur les aides directes et indirectes à Airbus et Boeing - en estimant que l'intervention accrue d'un Etat européen dans le capital d'EADS peut être assimilée à une aide publique.

Défendre ce point de vue sera toutefois un peu difficile, sachant que les instances internationales considèrent généralement qu'un Etat ne peut être condamné pour une intervention dans le capital d'une entreprise de son pays s'il le fait comme le ferait un investisseur privé "avisé". Or, actuellement, le titre EADS est particulièrement bas, plombé par les problèmes de retards des Airbus A380, A350 et du modèle de transport militaire A400M, financièrement et commercialement très coûteux, et par les changements brutaux de dirigeants à sa tête et chez Airbus. Investir dans EADS aujourd'hui n'est pas forcément un mauvais calcul.

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