Trump rallume la chaudière du charbon américain avec 700 millions de dollars

Pour justifier ce virage en faveur du charbon, la Maison Blanche mobilise des arguments de sécurité nationale.
/FW1FP/Rod Nickel - REUTERS - Adrees Latif

Pour justifier ce virage en faveur du charbon, la Maison Blanche mobilise des arguments de sécurité nationale.
/FW1FP/Rod Nickel - REUTERS - Adrees Latif
Donald Trump a annoncé jeudi un plan de 700 millions de dollars destiné à soutenir l’industrie du charbon, dans une stratégie assumée de relance des mines existantes et de construction de nouvelles centrales électriques. Une décision qui marque un tournant supplémentaire vers les énergies fossiles, et suscite une vive opposition des élus démocrates et des défenseurs de l’environnement.
Le dispositif prévoit le maintien en activité de 42 mines et de 14 centrales, ainsi que la construction de deux nouvelles unités de production en Virginie occidentale et en Alaska. Le président américain a justifié cette concentration géographique par des considérations électorales, rappelant que ces États ont majoritairement voté pour lui lors de la dernière présidentielle.
Lors de la conférence de presse, Donald Trump a défendu l’impact industriel et énergétique de la mesure : « Notre action va permettre à ces infrastructures d’investir et de se moderniser », a-t-il expliqué, « ce qui prolongera leur durée de vie de plusieurs décennies, renforcera la fiabilité de notre réseau électrique et, le plus important, maintiendra les tarifs de l’électricité très bas. » Le financement servira également à la construction d’un terminal maritime à Oakland, en Californie, destiné à faciliter l’exportation de charbon vers l’Asie.
Cette relance intervient dans un contexte paradoxal. La production américaine de charbon a fortement reculé depuis son pic de 2005, avant de toucher un point bas en 2024 puis de rebondir légèrement en 2025, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Les États-Unis sont même, d’après Global Energy Monitor, la seule grande économie à avoir augmenté sa consommation de charbon l’an dernier.
Pour justifier ce virage, la Maison Blanche mobilise désormais des arguments de sécurité nationale. L’administration Trump invoque notamment les besoins croissants en électricité liés à l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données, ainsi que la volonté de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de pays tiers.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Dans cette logique, Donald Trump a décidé de recourir au « Defense Production Act », une loi de 1950 issue de la Guerre froide, qui permet au président d’intervenir directement dans des secteurs jugés essentiels à la sécurité nationale. Elle autorise notamment le financement public d’industries stratégiques, désormais étendue au charbon.
Le ministre de la gestion des terres fédérales, Doug Burgum, a défendu cette orientation en critiquant les politiques précédentes : « Le précédent gouvernement de (Joe) Biden était allé si loin pour soutenir des sources d’électricité massivement subventionnées, intermittentes et tributaires de la météo que notre réseau électrique était à risque », a-t-il dit, ajoutant : « Vous avez compris à quel point le charbon était essentiel. C’est la colonne vertébrale de l’énergie américaine fiable, abordable et sûre ».
Mais les critiques sont immédiates. La coalition parlementaire SEEC, regroupant une centaine d’élus démocrates, dénonce une décision coûteuse et contraire aux engagements climatiques : « Consacrer 700 millions de dollars à une source d’énergie sale et inefficace favorise les pollueurs au détriment des Américains, alors que l’on traverse une crise énergétique provoquée par Trump », a-t-elle réagi sur X.
Les enjeux dépassent désormais la seule politique intérieure. La fermeture du détroit d’Ormuz dans le contexte des tensions militaires avec l’Iran et Israël a déjà fait bondir de plus de 50 % le prix du pétrole, rappelant la vulnérabilité des marchés énergétiques mondiaux. Sur le plan économique, la décision intervient alors que plusieurs études, dont celle de la banque Lazard, estiment que les énergies renouvelables sont désormais compétitives face aux énergies fossiles, même sans subventions publiques.
Décarbonation de l’aviation : le pari du e-SAF dans le sud de la France
Micro-réacteurs nucléaires : Antares franchit le cap décisif de la criticité
L’industrie française repasse les 10% du PIB, mais les usines continuent de fermer
Souveraineté alimentaire et sanitaire : l'État monte au capital de l'industriel Eurolysine, menacé par la concurrence chinoise