Eurotunnel dévoile sa proposition définitive de restructuration de sa dette

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Le conseil d'administration de l'exploitant du tunnel sous la Manche propose aux créanciers et aux actionnaires un plan prévoyant une réduction de la dette de 54%. Il négocie avec Citigroup d'un côté, Goldman Sachs et Deutsche Bank de l'autre pour obtenir des conditions financières supportables. Faute de vote positif des créanciers et de réussite de l'offre publique d'échange début 2007, c'est le redressement judiciaire - voire la liquidation - qui attend l'entreprise.

Le PDG d'Eurotunnel, Jacques Gounon, vient d'annoncer avoir obtenu l'aval de son conseil d'administration pour un projet d'accord avec ses créanciers (dette senior, dette junior, obligataires) sur la restructuration de la dette de l'exploitant du tunnel sous la Manche. Les créanciers senior et junior ont désormais un mois pour se prononcer, à savoir d'ici la fin novembre ou le début décembre. Les obligataires seront simplement consultés par un vote n'ayant pas droit de veto. "Une majorité raisonnable d'obligataires soutiendra notre plan", pronostique déjà Jacques Gounon.

En cas de vote favorable - ce qui nécessite l'aval des deux tiers des votants s'ils représentent au moins la moitié de la dette -, la proposition deviendra un projet qui sera soumis aux administrateurs judiciaires (Eurotunnel s'est placé depuis la mi-juillet en procédure de sauvegarde, la nouvelle disposition judiciaire qui se substitue au dépôt de bilan en gelant le remboursement des dettes) et au tribunal de commerce de Paris. Ce dernier étudiera le dossier avant Noël et s'il l'avalise le transformera en plan de sauvegarde début 2007. La mise en place du plan de restructuration d'Eurotunnel interviendra alors d'ici à la fin du premier trimestre 2007.

Il existe toutefois, outre l'aval des créanciers, une autre condition à remplir pour éviter à Eurotunnel, faute d'accord sur la restructuration de sa dette, de basculer dans le redressement judiciaire - "et dans 90% des cas en France, cela se termine par la liquidation" prévient le PDG qui indique que la valeur liquidative de la société estimée par les responsables judiciaires est "relativement faible". Il faut qu'une grande majorité d'actionnaires accepte de répondre favorablement à l'offre publique d'échange (OPE) qui est prévue au premier semestre 2007 afin de créer une nouvelle entité baptisée Groupe Eurotunnel.

C'est cette nouvelle société qui portera la dette, revue à la baisse de plus de 54%, pour descendre à 2,84 milliards de livres, soit 4,7 milliards d'euros (Eurotunnel est une société franco-britannique). "C'est historique, affirme Jacques Gounon. Jamais, il n'y a eu d'effacement de dette dans l'histoire d'Eurotunnel". Pour porter cette dette, Eurotunnel est actuellement en négociation avec deux pools bancaires, l'un autour de Goldman Sachs et de Deutsche Bank "qui nous ont fait des propositions attractives" souligne le PDG, l'autre mené par le géant américain Citigroup. Celui qui fera les meilleurs propositions l'emportera. Eurotunnel compte en tout cas réduire d'au moins un facteur deux ses charges financières actuelles pour les ramener à 150 millions de livres.

Les créanciers, en contrepartie de leur effort -"considérable, souligne Jacques Gounon qui invite "les actionnaires à réaliser qu'il est supérieur à ce qu'ils ont eux-même consentis"- recevront des obligations remboursables en actions (ORA) pour un montant nominal de 1,275 milliard de livres soit 1,87 milliard d'euros. Elles seront convertibles à compter du treizième mois - les actionnaires actuels ne seront donc pas dilués avant un an - pour une première tranche limitée à 67 millions de livres soit 98 millions d'euros. Idem pour la deuxième tranche au bout de 25 mois, le solde étant remboursable en actions au bout de 37 mois.

In fine, les actionnaires actuels détiendront un minium garanti de 13%, "du jamais vu dans une restructuration d'entreprise" assure encore Jacques Gounon. Reste maintenant à savoir si créanciers et actionnaires seront aussi enthousiastes. Mais le PDG prévient: "ceux qui s'exprimeront seront forcément les mécontents, ce n'est pas pour autant qu'ils seront majoritaires."

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