La France sonne la charge contre Peter Mandelson

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Après la mise en cause samedi par Jacques Chirac du commissaire européen au commerce, Paris se défend de vouloir bloquer le cycle de Doha. Semaine après semaine, le gouvernement français se montre inflexible sur toutes les initiatives visant à débloquer les négociations commerciales qu'il estime ne pas satisfaire ses attentes.

Après les déclarations de Jacques Chirac visant le commissaire européen au commerce, samedi, le Premier ministre Dominique de Villepin, s'est défendu de vouloir "bloquer les négociations" du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). "Il ne s'agit pas pour la France de bloquer les négociations, il s'agit de ramener un peu de bon sens", a déclaré le Premier ministre en visitant le Salon de l'agriculture.

"L'agriculture n'a pas vocation à être la variable d'ajustement des négociations (...) Progresser dans le domaine industriel, progresser dans le domaine des services, c'est nécessaire, mais il ne faut pas pour autant brader l'agriculture", a-t-il poursuivi. "Peter Mandelson (commissaire européen au commerce) mesure la responsabilité qui est la sienne", a encore dit Dominique de Villepin, soulignant qu'il "voyait souvent" le commissaire européen dont la mission a été définie par la France et l'Union européenne.

Depuis janvier, la France fait cependant entendre une voix de plus en plus dissonante dans ces négociations qui visent une nouvelle vague de libéralisation commerciale. Le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, a de nouveau tonné ce matin, affirmant que la France et l'Europe étaient "très fermes" dans les négociations à l'OMC et se refusaient à "abattre" les frontières.

Le 29 janvier, il avait attaqué Peter Mandelson, l'accusant d'avoir des "méthodes inacceptables", tout en assurant que cette opinion ne reflétait pas de la part du gouvernement français une prise de position électoraliste avant les présidentielles. Il s'agissait en fait d'un simple prélude à la mise en cause, samedi par Jacques Chirac, du commissaire européen que le président français a accusé de "sans cesse vouloir donner davantage alors qu'en contrepartie les Américains n'ont manifesté aucune intention de faire les moindres concessions sur le plan agricole (...), ni les pays émergents sur l'industrie et les services".

Lors d'un conseil européen, il y a deux semaines, Paris a même jugé "ridicule" de chercher à fixer la fin de l'année comme butoir pour relancer le cycle de Doha.

Le porte-parole du commissaire européen a réagi aux propos présidentiels en rappelant qu'il "connaissait les limites de (sa) marge de manoeuvre (et) avait un mandat du Conseil". "M. Mandelson agit dans les limites de ce mandat, il n'ira plus loin", a souligné Peter Power, rappelant que le mandat avait été délivré par les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne, dont la France.

Les principaux acteurs (Etats-Unis, Union européenne, Inde et Brésil) impliqués dans les négociations à l'OMC se sont rencontrés le week-end dernier à Londres, sans parvenir à relancer le cycle de Doha. Celui-ci est enlisé depuis des années dans l'épineux dossier des soutiens aux agricultures américaine et européenne. De leur côté, les pays riches souhaitent voir les grands pays émergents ouvrir plus largement leurs marchés à leurs exportations de biens industriels et à leurs services.

Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, est engagé depuis fin janvier dans un effort de relance de ce cycle.
Un accord entre ces quatre principaux acteurs est considéré comme un préalable crucial à un éventuel compromis entre les 150 pays membres de l'OMC.

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