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Ségolène Royal prend ses distances avec la doctrine socialiste

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Publié le 21 mars 2007 à 18:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 18:52

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Revendiquant une "liberté totale", la candidate PS s'affranchit de certains engagements du "projet socialiste", document adopté en juillet 2006 qui trace les grandes orientations de la doctrine socialiste pour les dix ans à venir.

Après avoir conquis sa liberté vis-à-vis des ténors du parti socialiste, Ségolène Royal franchit une nouvelle étape en s'affranchissant, sur plusieurs sujets, de la doctrine socialiste. Certes, la candidate PS ne fera pas l'erreur de Lionel Jospin qui a sans aucun doute payé cher en 2002 la malheureuse déclaration faite pendant sa campagne pour la présidentielle, selon laquelle son projet n'était pas "socialiste".

Cinq ans après, Ségolène Royal ne renie pas son socialisme, mais elle affirme haut et fort son intention de l'assumer à sa manière, dans "une liberté totale", comme elle vient de l'expliquer en début de semaine, lors d'un premier point de presse à son QG personnel de campagne. Un QG situé boulevard Saint-Germain, à quelques mètres de la rue de Solférino, siège du parti socialiste, histoire pour la candidate de marquer son indépendance.

"Je ne suis pas prisonnière de telle ou telle position", tient à prévenir Ségolène Royal alors que s'ouvre la dernière phase de la campagne. Par ses propos, la candidate manifeste sa détermination à défendre d'abord ses convictions et son programme , contenu dans les cent propositions du pacte présidentiel qu'elle a présenté le 11 février à Villepinte devant les militants. Sa ligne avant celle du parti ? C'est ainsi qu'il faut analyser ses récentes déclarations.

La ligne du parti, c'est celle arrêtée dans un document de référence, "Réussir ensemble le changement : le projet socialiste pour la France" , adopté par les militants en juillet 2006 après des mois de débats dans toutes les sections PS de France . Un petit livre rose de cent pages qui engage le parti et trace des orientations précises pour les dix années à venir. Certes, si l'on compare le "pacte" présidentiel de Ségolène Royal avec le "projet socialiste", on y trouve de nombreuses propositions communes. Mais entre les deux textes se glissent aussi des différences qui confirment la volonté de la candidate à la présidentielle d'imposer sa propre ligne sur plusieurs sujets.

Exemple le plus récent, qui a créé la surprise, l'annonce par Ségolène Royal d'une VIème république dimanche dernier devant les élus socialistes réunis Porte de Versailles. "C'est vrai, la VIème république n'était pas dans le projet socialiste", a-t-elle reconnu. L'idée, défendue avec tenacité depuis des années par Arnaud Montebourg, avait même été enterrée par le PS au congrès du Mans de novembre 2005. La candidate l'a fait renaître en s'engageant, si elle est élue présidente, à mettre en place une nouvelle organisation des pouvoirs appelée "VIème république" fondée sur "quatre piliers", une démocratie "parlementaire, sociale, participative et territoriale".

Cette réforme sera soumise au peuple français, par référendum, dès l'automne. Certes, le "projet socialiste" s'engage aussi à instaurer une "nouvelle république" et à organiser, dans les six mois après la victoire de la gauche aux élections présidentielle et législatives, un référendum sur la réforme des institutions. Et il défend notamment, comme Ségolène Royal, le mandat unique des parlementaires, la suppression du vote bloqué et du 49-3 et la réforme du Sénat. Mais la candidate veut ajouter la réforme de la démocratie sociale dans ce référendum sur les institutions et plaide pour que le président de la république "rende des comptes", par exemple devant "un jury citoyen ou pourquoi pas devant l'Assemblée nationale".

Sur les dossiers économiques et sociaux, Ségolène Royal affiche aussi ses différences. Sur les 35 heures notamment. Le projet socialiste affirme : "nous relancerons la négociation sur le temps de travail, pour étendre le bénéfice des 35 heures, avec création d'emplois, à tous les salariés. Si la négociation n'aboutit pas, la loi interviendra. Nous rétablirons par la loi les rémunérations des heures supplémentaires et les plafonds horaires comme ils l'étaient avant leur remise en cause par la droite".

La candidate est nettement moins précise. Elle s'engage à soumettre à la négociation l'extension des 35 heures dans les PME mais "sans date butoir" , comme l'a affirmé l'un de ses proches, Michel Sapin, secrétaire national à l'Economie du parti socialiste, dans une interview à La Tribune le 9 mars. Pas question, pour Ségolène Royal, de laisser planer la menace d'une intervention législative, en cas d'échec des négociations. Les 35 heures feront partie des nombreux thèmes à négocier qui seront discutés à la Conférence sur les revenus et le temps de travail qui réunira l'Etat et les partenaires sociaux dès l'été, en cas de victoire de la gauche.

Sur les retraites, aussi, la candidate se démarque du projet. "La loi Fillon sera abrogée. Son remplacement fera l'objet d'une large négociation", précise le projet. Ségolène Royal s'engage, elle, dans un premier temps à revaloriser, dès le lendemain de sa victoire, les petites retraites de 5% et reporte la négociation globale sur l'avenir des retraites en 2008, lors du rendez-vous prévu par la loi Fillon. Mais elle n'évoque pas l'abrogation de la loi de 2003 et défend la position qu'il faut lier l'âge du départ à la retraite à la pénibilité de l'emploi précédemment occupé.

Enfin, la candidate socialiste persiste à entretenir le flou sur son projet fiscal. Revenir sur les baisses d'impôts accordées par la droite aux ménages les plus aisés depuis 2002 ? Elle est favorable au principe mais préfère laisser, si elle est élue, le gouvernement et le parlement arrêter "les détails" de cette remise en cause. Quant à la mesure visant à fusionner l'impôt sur le revenu et la CSG "pour construire un impôt citoyen, transparent, progressif et prélevé à la source sur l'ensemble des revenus", qui est inscrite dans le projet socialiste, elle ne figure pas dans le pacte Royal.

Toutes ces différences suscitent des interrogations alors que la candidate se plait à répéter : "je souhaite que les Français s'orientent sur des choix clairs".

La Tribune

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