Pouvoir d'achat des fonctionnaires : échec de la première réunion de négociation, menace de grève

Les syndicats n'ont pas obtenu que le gouvernement accepte le principe d'une augmentation générale des salaires, lui préférant l'idée d'une garantie individuelle du pouvoir d'achat. Ils se réunissent demain pour étudier la possibilité d'une grève des fonctionnaires.

C'est la déception qui prévaut: les syndicats de fonctionnaires n'ont pas été convaincus par leur première séance de négociations salariales qui s'est tenue ce matin avec le gouvernement. En conséquence de quoi ils évoquent la possibilité d'une journée de grève en janvier.

Les fédérations de fonctionnaires se réuniront demain mardi pour tirer les conclusions de la séance de négociation de ce lundi matin. Mais l'ambiance, à l'issue de la réunion, n'était pas au beau fixe. Selon eux, le ministre de la Fonction publique Eric Woerth a refusé toute discussion sur la question fondamentale à leurs yeux de la revalorisation du point d'indice, qui sert de base à la rémunération des fonctionnaires.

"On sort avec une grande déception des propositions du ministre, qui a refusé de parler du point d'indice", a ainsi déclaré Patrick Gonthier, de l'UNSA-Education. Selon lui, les syndicats "seront obligés de passer à une étape d'action".

Pour Gérard Noguès, de FO, cette action "doit être d'envergure et plus forte que le 20 novembre", date de la dernière grève dans la fonction publique. "C'est bien la rigueur budgétaire qu'on met en place dans la fonction publique", a-t-il ajouté.

Selon les syndicats, Eric Woerth a donc refusé d'envisager un relèvement général des rémunérations de fonctionnaires, introduisant en revanche l'idée "d'un principe individuel de garantie du pouvoir d'achat". Selon Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, les fonctionnaires qui perdent du pouvoir d'achat auront "une indemnité" pour compenser cette perte. Toujours le syndicaliste, le ministère considère que 17% d'entre eux ont "perdu du pouvoir d'achat depuis 2000". Outre le point d'indice (base de calcul des salaires), crucial au yeux des syndicats, le ministre inclut dans le calcul du pouvoir d'achat les promotions, l'ancienneté, les mesures catégorielles, sociales, etc. "La nouveauté c'est qu'il accepte de ne pas prendre en compte les primes dans ce calcul", a précisé M. Aschieri, estimant que l' "on traite le symptôme mais pas le virus".

Le début de ces négociations était très attendu par les syndicats de fonctionnaires, qui revendiquent avec force des mesures en faveur du pouvoir d'achat de ces derniers. Le ministre du Budget et de la Fonction publique Eric Woerth avait annoncé début décembre le lancement de négociations "sur le maintien du pouvoir d'achat". Il avait alors précisé que "le point d'indice", qui sert de base de calcul au salaire et se trouve au coeur des revendications des syndicats, serait "au coeur de cette discussion", mais qu'il "fallait le doper, y mettre autre chose". Il s'agit de "construire un mécanisme de garantie du pouvoir d'achat à partir du point d'indice existant et d'autres éléments", comme "les mesures d'ancienneté ou de technicité", a-t-il répété dimanche soir au Grand jury RTL/LCI/Le Figaro.

L'objectif est "de garantir qu'aucun fonctionnaire travaillant pour l'Etat ne perdra de pouvoir d'achat" à l'avenir, a-t-il dit. Et selon lui, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite "dès 2009" - soit "à peu près 35.000 non remplacés par année" - permettra précisément de "redéployer des marges" pour le pouvoir d'achat.

De leur côté, les syndicats espéraient bien obtenir des "propositions chiffrées" sur le point d'indice dès ce lundi, exigeant une revalorisation au 1er janvier 2008. L'annonce, début octobre, de la suppression de 22.921 postes de fonctionnaires en 2008 - soit un départ à la retraite non remplacé sur trois -, avait déjà attisé leur colère, marquée par une grève, le 20 novembre, mobilisant près d'un agent de l'Etat sur trois et plusieurs centaines de milliers de manifestants dans toute la France.

Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, l'ensemble des syndicats (CGT, CFDT, FSU, FO, CFTC, CFE-CGC, Solidaires et Unsa) ont réclamé à plusieurs reprises l'ouverture de négociations, dénonçant notamment l'absence d'augmentation des salaires en 2007. Ils estiment que les fonctionnaires ont perdu 6% de pouvoir d'achat entre 2000 et 2006, compte tenu de la hausse des prix. Le ministère, qui affirme que le pouvoir d'achat a augmenté en moyenne de 2,1% par an sur cette période, inclut dans ses calculs d'autres éléments comme les mesures catégorielles, sociales, le glissement vieillesse-technicité (ancienneté, primes, promotions), etc.

Eric Woerth a toutefois reconnu dimanche soir que "24% des fonctionnaires avaient perdu parfois plus de 6% de pouvoir d'achat" depuis six ans, quand "75% en ont gagné".

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