Campagne pour la création d'un musée de l'informatique en France

L'association AntéMémoire veut créer en France le premier musée de l'informatique d'Europe et organise cet été à la Défense une exposition retraçant l'histoire de cette industrie de 1940 à 1990. L'occasion de sensibiliser la population à l'importance de conserver ce riche patrimoine technologique.

Musée de l'auto, musée de l'aviation, musée du bonbon... Nombre d'industries conservent le souvenir de leur histoire. Mais étrangement, l'informatique, qui est certainement l'un des secteurs avec la mutation la plus rapide des trente dernières années, ne garde aucune trace de son évolution.

"On est en train de perdre cette mémoire parce qu'on n'a jamais pensé que ça pouvait devenir un patrimoine", analyse Philippe Nieuwbourg, le président d'AntéMémoire. Cette jeune association s'est donnée pour but de faire découvrir l'histoire de cette industrie au plus grand nombre.

Première étape, elle organise du 5 juin au 4 septembre au Toit de la Grande Arche de la Défense une exposition retraçant l'évolution de l'informatique. A terme, ces fondus de technologie binaire ont pour projet de monter un vrai musée de l'informatique en France, le premier d'Europe.

De la "pascaline" de Blaise Pascal, une machine à calculer mécanique, à la naissance du "personnal computer" (ordinateur personnel), ou PC, la future structure a pour ambition de retracer les grandes étapes de l'évolution de l'informatique. Avec patience, Philippe Nieuwbourg, l'initiateur du projet, récolte ces objets du passé. Cartes perforées, ordinateurs qui rappellent les James Bond période Roger Moore, disquettes géantes... il récupère ce matériel qui était considéré comme la pointe de la technologie il y a quelques année et prend aujourd'hui la poussière. "Il y a des gens qui ne jettent rien", se réjouit-il en présentant délicatement une carte mémoire des années cinquante, dont les 4 octets permettaient de stocker... 4 chiffres.

Une clé USB = 7.000 disquettes d'il y a vingt ans

Les machines rassemblées par l'association AntéMémoire témoignent du bond technologique enregistré ces quarante dernières années. Une des ambitions du musée sera donc de mettre en perspective les innovations de l'industrie informatique, plutôt que de présenter un catalogue de tous les objets farfelus qui existent dans ce domaine.

Philippe Nieuwbourg veut "faire le lien" entre hier et aujourd'hui. Pour présenter cet objectif, il prend l'exemple du "bug", que redoutent les informaticiens et qui devait même paralyser la planète lors du passage à l'an 2000. Ce terme trouve son origine dans les machines des années cinquante. "A cette époque, raconte Philippe Nieuwbourg, les ordinateurs étaient 'à lampe', et l'inconvénient de ce système, c'est que cela prenait beaucoup de place, et surtout, que les machines chauffaient". Le bug (insecte en anglais), "c'était lorsqu'une bestiole entrait dans la machine et grillait sur une des lampes". S'en suivaient un court-circuit et des heures de recherches pour trouver sur quelle ampoule l'insecte s'était posé. Pour rendre ludiques et accessibles les notions les plus techniques, le musée usera des comparaisons imagées. "Vous voyez cette disquette, demande Philippe Nieuwbourg en brandissant un rectangle de carton de la taille d'un 45 tours, elle pouvait contenir 128ko". Le visiteur repense à la clé USB 1 giga qu'il a dans sa poche, déjà presque complètement ringarde... "Pour stocker un giga sur ce support, ajoute le spécialiste en montrant l'objet préhistorique, il faudrait 7.000 disquettes!"

L'exposition de cet été a pour but avoué de faire connaître le projet aux institutions du pays. Après Paris, elle va tourner pendant un an dans quelques grandes villes françaises. "On espère rencontrer un élu qui voudra bien accueillir le musée", explique le président d'AntéMémoire.

Pour financer ce projet, Philippe Nieuwbourg s'est tourné vers les grands noms de l'informatique. Des précurseurs qui ont fait fortune grâce à cette jeune industrie et veulent, eux aussi, préserver l'histoire de leur activité. Ces mécènes privés, dont la démarche n'a rien d'une opération de communication, lui ont déjà permis de monter l'exposition et beaucoup se sont engagés à long terme dans le projet. A terme, l'association AntéMémoire compte copier le principe du financement privé "à l'américaine" pour son musée : il ne reste plus qu'à lui trouver un toit.

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