Dialogues pas si bêtes

A mi-chemin entre Ionesco et Bedos, la pièce "les Diablogues" de Roland Dubillard met en scène deux personnages burlesques qui refont l'ordre du monde avec une géométrie singulière.

Deux fauteuils en cuir... Comme chez le psychanalyste. En toile de fond, une représentation d'astres et autres constellations. L'atmosphère très sérieuse détonne avec ce dialogue de sourds bien particulier que fait entendre ce texte des "Diablogues" de Roland Dubillard. Au beau milieu de la scène, deux hommes aux airs de Monsieur-tout-le-monde en costume du dimanche, pensent. Le duo cocasse de la pièce, Jacques Gamblin et François Morel, est parfaitement synchronisé. Avec une bonhomie et un phrasé qui n'appartiennent qu'à eux, ils se glissent avec délice dans la peau de ces deux grands enfants qui raisonnent à voix haute et sans arrière pensée. Alors une mélodie aux accents surannés, "J'ai trop grandi quand j'étais petit", résonne à propos.

Le comique est partout, sur les visages faussement hébétés des deux penseurs intrigués par leur propre science savante, dans les mimiques et les gesticulations de leurs corps affolés et, bien sûr, dans les situations loufoques qu'ils exposent. Un florilège de questions devient soudainement l'ordre du jour: quelle est la forme d'une montagne? De quel doigt doit-on se servir pour jouer du piano?... Ces interrogations, aussi banales soient-elles, posent problème à ces deux doux dingues qui apportent alors leur réponse métaphysique à un quotidien devenu fantastique et décalé. Dubillard fait voler en éclats les repères de notre culture commune. L'auteur arrête par instant la course folle des mots souvent pris pour ce qu'ils sont et rien d'autre. Ici, signifiant et signifié s'intervertissent à loisirs.

Sur un ton gouailleur plein de finesse et beaucoup d'esprit, nos deux gais lurons remettent en cause, l'air de rien, notre horizon et font mouche. Tel est pris qui croyait prendre. "Vous voyez ce qu'on découvre quand on raisonne un peu!", s'exclame avec conviction le personnage interprété par Jacques Gamblin. Ce dernier en vient naturellement à la conclusion que son comparse est un peureux notoire parce qu'il ne supporte pas que la pluie mouille ses vêtements. Dans la même veine, la musique de chambre devient "musique de placard" pour soulager les oreilles frileuses d'une femme insensible à la musique classique. Pour finir, le compte-goutte ne serait pas l'outil médical que l'on croit, mais en fait un instrument de mesure utilisé par les chauffeurs de taxi pour compter les gouttes d'essence!

Il y a dans cette pièce une magie véritable car, au cours de cette joute verbale rythmée et élégante, les personnages nous prennent par la main et nous font rentrer dans leur univers fantaisiste. Les propos jubilatoires et décapants de la pièce, à mi-chemin entre le monde de l'enfance et celui de l'âge mûr, font des "Diablogues" un spectacle des plus touchants.


Jusqu'au 31 décembre au Théâtre du Rond-Point à Paris (75008). Réservations: 01 44 95 98 21.

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