Grèves dans les transports : la reprise du travail se confirme

Au neuvième jour de la grève contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, une majorité d'assemblées générales à la SNCF et à la RATP ont voté en faveur de la reprise du travail, encouragées par les syndicats y compris les plus radicaux. Le trafic devrait donc revenir progressivement à la normale dès vendredi dans les deux entreprises.

Après neufs jours de conflit social, le bout du tunnel est proche pour les usagers des transports dont les nerfs auront été mis à rude épreuve ces derniers temps. Après les négociations entre représentants de salariés, gouvernement et entreprises lancées mercredi, même les plus combatifs des syndicats ont eu du mal à se persuader de l'intérêt de la poursuite du mouvement de grève à la SNCF et la RATP.

C'est le cas de Sud-RATP, qui a affirmé ce jeudi dans un communiqué qu'il continuait la grève dans l'entreprise de transports publics parisiens "sans grande conviction", "pour le seul respect des agents encore dans l'action". Le syndicat envisage même désormais "de s'inscrire dans le cadre des négociations à venir, mais la condition sine qua non en sera l'absence constatée de la mobilisation". De leurs côtés, FO, la CGT et une partie des syndicats Unsa s'en sont remis aux décisions des assemblées générales, la CFDT, la CGC, la CFTC et Unsa Pôle commercial ayant demandé mercredi soir aux grévistes de reprendre le travail.

Logiquement, les assemblées générales qui se sont tenues ce jeudi ont suivi le mouvement d'une reprise du travail. A la RATP, les agents de la ligne B du RER, très syndicalisés et qui bloquaient le trafic depuis le 14 novembre, ont en particulier voté la reprise du travail, de même que ceux de la ligne A.

De fait, la régie parisienne prévoit vendredi un trafic "perturbé mais en nette amélioration", avec 70% des métros sauf sur les lignes 1 et 14 où le service sera normal, une ligne A du RER quasi normale, une ligne B en "reprise progressive", 75% des bus et 80% des tramways. Selon la CGT, le trafic devrait être redevenu normal lundi.

Ce jeudi, la décrue du mouvement gréviste se faisait déjà sentir à la RATP, avec 11,7% de grévistes, contre 16,4% mercredi. En moyenne 3 rames sur 4 dans le métro sont en circulation, 70% du trafic des bus et du tramway circulent et un train sur 3 sur la ligne A du RER.

A la SNCF, 42 assemblées générales sur 45 ont voté ce jeudi la suspension de la grève selon la direction, qui prévoit un retour progressif à la normale vendredi, et quasi normal pour ce week-end. Dès vendredi, le trafic des TGV sera même de nouveau habituel sur les destinations Paris-Province.
Pour le fret, la direction estime que le service devrait fonctionner normalement à partir de lundi.

Le taux de grévistes était également en forte baisse ce jeudi à la SNCF à 14,5% contre 22,8% de grévistes mercredi. Ce même jour, une cinquantaine d'assemblées générales sur une centaine avaient déjà décidé de mettre fin à la grève.

Ce matin, la CGT, premier syndicat à la SNCF et à la RATP, qui s'en est remise aux assemblées générales des salariés pour décider d'une suspension ou d'une poursuite de la grève, reconnaissait déjà que "le climat était à la suspension" de la grève à la SNCF. Le secrétaire général de la CGT-cheminots, Didier Le Reste, avait en effet estimé mercredi que "des premiers points ont été marqués" lors de la première réunion d'un cycle de négociations, prévu pour durer jusqu'au 18 décembre. Selon lui, la SNCF a indiqué s'être engagée notamment "à mettre un terme rapidement aux mises à la retraite d'office", à intégrer "certaines primes dans le calcul des pensions" et à prendre en compte "la pénibilité et la spécificité" des métiers cheminots.

Du côté du gouvernement, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, s'est réjoui que la reprise du travail "s'affirme sur le terrain", soulignant que "la logique de négociation l'emporte" et réaffirmant le maintien des principes de la réforme des régimes spéciaux de retraite.

"Tout est discutable dans ces tables rondes, mais on ne revient pas sur le principe de la réforme", c'est-à-dire l'allongement de la durée de cotisation à 40 ans, la décote et l'indexation des pensions sur les prix, a déclaré pour sa part le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau.

Le Premier ministre, François Fillon, s'est également "félicité"de "l'attitude responsable des principales organisations syndicales" qui ont accepté de négocier la réforme des régimes spéciaux de retraite, tout en appelant au "rétablissement complet et sans délai" des transports.

Au neuvième jour du conflit, François Fillon a aussi rendu "hommage" à la "patience" des Français qui ont "vécu des galères inacceptables". Le chef du gouvernement a jugé que cette "crise" ne devait pas se reproduire, prônant pour cela une "réforme du dialogue social".

A gauche, le patron du PS François Hollande s'est aussi prononcé en faveur de la reprise du travail à la SNCF et à la RATP, prenant acte de l'ouverture de négociations sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. "Dès lors qu'une négociation est ouverte et qu'elle s'engage sur des bases sérieuses de l'avis même des organisations syndicales, oui, il faut aller vers une reprise du travail et garder une vigilance par rapport au déroulement de ces négociations", a-t-il déclaré.

Le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a lui fait savoir que que Nicolas Sarkozy attendra la fin de la grève sur les régimes spéciaux de retraite pour s'exprimer publiquement sur la question du pouvoir d'achat (voir ci-contre).

Les discussions entre syndicats, gouvernement et entreprises vont continuer dans les semaines qui viennent. A la SNCF, les négociations doivent reprendre le 29 novembre et durer jusqu'au 18 décembre. A la RATP, elles reprennent lundi et dureront jusqu'au 13 décembre. Le syndicat SUD RATP a toutefois déjà prévenu que la fin de la grève actuelle n'était qu'une "suspension": "dès demain, on dépose des préavis pour avant les fêtes - aux alentours du 18 décembre - à l'issue des négociations".


Fonctionnaires: les syndicats menacent d'une nouvelle action début décembre
Les syndicats de fonctionnaires menacent d'une nouvelle action début décembre face à l'absence de réponse du gouvernement sur le pouvoir d'achat, après une journée de grève et de manifestations qui a mis mardi dans la rue entre 375.000 et 700.000 personnes. Les huit fédérations de fonctionnaires (CGT, FO, CFDT, FSU, Unsa, CFE-CGC, CFTC, Solidaires) réunies mercredi soir en intersyndicale, ont posé un ultimatum au gouvernement, exigeant l'ouverture de négociations sur les salaires avant le 30 novembre, et menaçant le cas échéant d'une "nouvelle action commune" début décembre. Pour la CGT et la FSU, cette "action" devra prendre la forme d'une nouvelle journée de grève et de manifestations.

Jean-Paul Huchon demande à la RATP d'indemniser les voyageurs
Le président du syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif) Jean-Paul Huchon, également président PS du conseil régional, "invite fermement" le président de la RATP, Pierre Mongin, à "indemniser les voyageurs lourdement pénalisés depuis le début des grèves". Il estime que la rémunération versée par le Stif à la RATP lui "laisse une marge de manoeuvre suffisante" pour le faire, même si cette rémunération est réduite en ce moment pour "service garanti non assuré". Il a précisé qu'il souhaitait "qu'au moins une semaine (de grève) soit prise en compte" pour cette "indemnisation", qui se traduirait par une baisse des "abonnements du mois de décembre". "Cette grève a duré entre sept et dix jours, c'est aux entreprises à apprécier le geste commercial qu'elles font, à mon avis, elles ont tout intérêt à le faire, l'important c'est de ne pas décourager les usagers par rapport aux transports publics". Pour justifiée qu'elle soit, cette demande ne manque pas de sel quand on se souvient que le PS a soutenu les grévistes, tout au moins au début du conflit.

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