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EDF-Enel : Paris et Rome enterrent la hache de guerre

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Publié le 30 novembre 2007 à 04:20 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 17:58

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EDF et Enel devraient signer demain vendredi dans le cadre du Sommet bilatéral franco-italien l'accord ouvrant officiellement la porte de la centrale EPR de Flamanville au groupe italien.

Les exécutifs français et italien doivent se réconcilier demain vendredi lors de leur Sommet de Nice sur un dossier qui empoisonne leur relation depuis plusieurs années : l'énergie. "Une série d'accords" doivent en effet être signés demain entre les entreprises impliquées (EDF et son homologue italien Enel), les ministères et les chefs de l'exécutif des deux pays, Nicolas Sarkozy et Romano Prodi, indiquent des sources diplomatiques concordantes dans la capitale italienne.

"Nous allons faire la pax elettrica c'est-à-dire que nous allons dissiper les nuages qui encombrent le ciel énergétique des deux pays" se félicite un diplomate. "L'horizon d'EDF en Italie et d'Enel en France sera clarifié" promet-on.

Un accord entre EDF et Enel est prêt depuis près de deux ans mais il manquait encore la signature...Enel doit ainsi officiellement devenir partenaire d'EDF, à hauteur de 12,5 % du capital, dans la centrale nucléaire de nouvelle génération (EPR) actuellement en construction à Flamanville. La France accepte ainsi d'accorder une certaine "réciprocité" à l'ancien monopole italien de l'électricité en lui ouvrant un peu le marché français de l'électricité.

En sens inverse, l'Italie a autorisé il y a deux ans qu'EDF contrôle à parité avec des partenaires italiens le numéro deux de l'électricité dans la Péninsule, Edison.

L'harmonie était presque parfaite quand Paris a voulu, au printemps 2006, empêcher Enel de se partager Suez avec Veolia. Le Premier Ministre Dominique de Villepin annonça aussitôt dans son bureau la contre-offensive en mariant Suez et Gaz de France (GDF).

L'Italie, en pleine campagne électorale, avait peu goûté de voir son champion national bloqué par l'intervention de l'Etat français alors qu'EDF avait justement débarqué dans des circonstances similaires peu amicales en 2001 sur le marché italien en entrant au capital d'Edison.

Depuis la victoire du centre-gauche de Romano Prodi en 2006, les relations franco-italiennes dans l'énergie s'étaient même détériorées. A peine nommé, le ministre de l'Industrie, Pierluigi Bersani avait diligenté une enquête sur de prétendues "restrictions à la concurrence" de la part d'EDF et ses alliés en Italie. Artisan de la libéralisation du secteur de l'énergie à la fin des années 1990, Bersani maintenait au-dessus d'EDF en Italie depuis lors l'épée de Damoclès constituée par un décret interdisant à sa filiale Edison de contrôler Edipower, un producteur d'électricité (environ 8 % de la production italienne) issu de la privatisation.

EDF exigeait "des assurances politiques" sur la disparition définitive de ce décret limitant la propriété d'ex-centrales publiques par des "sociétés publiques" italiennes ou étrangères.

C'est ce point que serait en passe d'obtenir demain à Nice l'électricien français, son président Pierre Gadonneix faisant le déplacement, tout comme le ministre Bersani et son homologue français Hervé Novelli.
Une fois arrachée cette concession aux Italiens, EDF doit concéder de son côté l'arrivée d'Enel dans l'EPR. EDF bloquait encore là-dessus car "l'accord avec Enel est la seule arme qui nous reste", confiait-on encore récemment chez le groupe français.

Il restera toutefois à vérifier demain lors du Sommet franco-italien de Nice si l'Italie s'engagera aussi à proroger l'actuel fragile pacte d'actionnaires régulant les rapports entre EDF et ses partenaires italiens (la régie municipale de Milan AEM devenue A2A, la banque d'affaires Mediobanca) au sein d'Edison.

Edison présentera d'ailleurs ce jeudi après-midi un ajournement de son plan industriel de développement.
La gouvernance paritaire entre Français et Italiens dans les organes directeurs d'Edison arrive à échéance en octobre 2008. Si une des deux parties veut la remettre en cause, elle devra le faire six mois auparavant, soit d'ici fin mars 2008.

Or les dirigeants d'A2A, incités par le cabinet de Romano Prodi, exigent régulièrement que "les actionnaires italiens pèsent plus dans Edison" et évoquent ouvertement un démantèlement d'Edison entre eux et EDF au cas où un accord leur faisant plus de place dans la gouvernance de l'électricien italien ne serait pas trouvé.
De quoi alimenter une nouvelle guerre de l'électricité entre Paris et Rome...

"Une coopération industrielle entre les deux pays sur le modèle STMicro".
Si l'énergie sera incontestablement le plat de résistance de ce 26ème Sommet franco-italien, de nombreux autres dossiers économiques et politiques seront aussi abordés entre Nicolas Sarkozy et Romano Prodi.
De source diplomatique italienne, Romano Prodi veut proposer au Président français de "trouver des formules de coopération industrielle entre les deux pays sur le modèle réussi adopté pour STMicroelectronics". Cette fusion il y a vingt ans entre l'Italien SGS et le Français Thomson Semi-conducteurs pour donner naissance à STMicro avait d'ailleurs été orchestrée par Pasquale Pistorio, co-président avec le Français Antoine Bernheim (président de l'assureur Generali) du Forum franco-italien de la société civile.
Une des principales actionnaires de STMicro, Anne Lauvergeon, présidente d'Areva, sera d'ailleurs présente à ce Sommet bilatéral, tout comme les PDG de Gaz de France (Cirelli), Thalès, de France Télécom/Orange ainsi que les financiers français actifs dans la Péninsule comme René Carron (PDG de Crédit Agricole, propriétaire de la banque italienne Cariparma) ou le PDG du CIC-Crédit Mutuel qui cherche à s'allier avec la Banco Popolare di Milano (BPM).
L'agenda multilatéral sera également bien rempli puisque les chefs de l'exécutif français et italien et leurs ministres aborderont le projet d'Union méditerranéenne en vue de la conférence des pays de la zone en juin 2008.
Sur le dossier nucléaire iranien et d'éventuelles sanctions contre Téhéran, Romano Prodi devrait se montrer plus réservé que le Président français, l'Italie étant le principal partenaire commercial de l'Iran dans l'UE.
Paris souhaite aussi rallier Rome à ses vues sur la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) et le budget de l'Union européenne, dans la perspective de la présidence française de l'UE au second semestre 2008.
Enfin la tenue demain à Nice du premier "Conseil de défense et de sécurité" entre les deux pays, sur le modèle de ceux organisés par la France avec l'Allemagne ou l'Espagne, doit lancer une plus grand coopération tant dans 'l'industrie d'armement que dans la définition d'une stratégie commune européenne de défense et de sécurité.
F.P.W., à Rome

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