Carte scolaire, réforme des universités, marché du travail : l'OCDE s'invite dans le débat politique français

Dans un rapport sur la France publié aujourd'hui, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) identifie quatre axes prioritaires dans l'action réformatrice du nouveau gouvernement.

Comme nombre d'économistes et de politiques, l'OCDE déplore la faible compétitivité de l'économie française. Si l'organisation internationale laisse inchangées ses prévisions de croissance pour la France en 2007 et 2008 à 2,2%, elle constate également que "la reprise reste plutôt hésitante et l'avance modeste mais persistante dont disposait la France depuis plus de dix ans en matière de croissance par rapport à ses partenaires commerciaux importants, tels que l'Allemagne et l'Italie, semble s'être réduite à néant, voire transformée en retard".

Pour l'OCDE, la France a perdu son avantage de croissance face à ses grands partenaires commerciaux européens et doit approfondir les réformes structurelles pour accroître son potentiel de croissance et conforter l'assainissement des finances publiques.

Les experts de l'OCDE identifient quatre axes "prioritaires dans l'action réformatrice du nouveau gouvernement". "Le système de protection sociale parvient assez bien à préserver de la pauvreté la plupart des individus, mais il est moins efficace lorsqu'il s'agit d'éviter l'exclusion sociale en facilitant l'intégration sur le marché du travail", écrivent les auteurs du rapport.

Alors que le gouvernement a annoncé une revalorisation du Smic au 1er juillet en ligne avec l'inflation, donc sans coup de pouce, l'OCDE semble en phase avec cette politique puisque ses experts estiment que de "meilleurs résultats (dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale) pourraient être atteints avec des ressources limitées si les hausses du Smic étaient plus faibles" que celles pratiquées jusqu'à présent. "Le salaire minimum en France, le Smic, rapporté au salaire médian, est le plus élevé des pays de l'OCDE. Il a fini par être considéré comme une 'norme' salariale et non pas comme un salaire de début de carrière" alors que "du fait des fortes hausses passées, il a augmenté plus vite que la productivité des personnes peu qualifiées", relève l'organisation.

L'OCDE souligne également le dualisme du marché du travail français où coexistent des salariés très protégés et des chômeurs ou des travailleurs en situation précaire et plaide une nouvelle fois pour une révision de la protection de l'emploi. "L'une des possibilités serait d'introduire un contrat unique qui assure une protection augmentant progressivement en fonction de l'ancienneté dans l'entreprise, qui maintienne le contrôle judiciaire sur le caractère non abusif du licenciement, tout en laissant pour le reste l'employeur seul juge de la pertinence économique de se séparer d'un ou de plusieurs salariés".

Concernant le système français de formation, l'OCDE, qui rappelle que le système éducatif français "produit de très bons diplômés dans un grand nombre de domaines", souligne toutefois qu'il "n'est pas suffisamment axé sur le marché du travail" et préconise une "autonomie renforcée des établissement scolaires et universitaires".

Voilà un avis qui tombe à point nommé. Le gouvernement a décidé de décaler d'une semaine la présentation du projet de réforme des universités en raison des critiques des syndicats d'étudiants et d'enseignants. Pour sa part, l'OCDE estime qu'une "autonomie renforcée des établissements scolaires et universitaires pourrait être un moyen d'améliorer la performance du système éducatif"

En revanche, l'idée du gouvernement d'assouplir la carte scolaire suscite plus de réserves du côté du Château de la Muette, l'adresse parisienne de l'OCDE. "Le libre choix de l'établissement risquerait d'aggraver le problème de ségrégation du fait de l'avantage dont disposent les familles aisées bien informées, et de conduire à un écrémage de la part des établissements scolaires", préviennent les auteurs du rapport. "Pour éviter ces phénomènes, des réformes profondes seraient nécessaires pour garantir que les ressources allouées aux établissements publics d'éducation s'ajustent au choix des familles. A défaut de telles réformes, la carte scolaire devrait être maintenue", estiment-ils.

Enfin, prenant acte de l'assainissement "assez sensible" des finances publiques, notamment en 2006, l'OCDE relève toutefois que la "question cruciale des pressions qui résulteront à plus long terme du vieillissement démographique" se pose toujours. Aussi les auteurs du rapport plaident-ils pour une poursuite de la réforme des retraites et une participation plus importante des "seniors" au marché du travail.

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