Nicolas Sarkozy donne son discours de la méthode pour relancer la croissance

Réforme de l'Etat, identification des "freins à la croissance", expérimentation de la TVA sociale, loi de moralisation de la vie économique, telles sont quelques-uns des chantiers lancés ce mercredi par le président de la République devant les nouveaux parlementaires de l'UMP.

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C'est à un véritable discours programme que s'est livré le président de la République, Nicolas Sarkozy, devant les parlementaires UMP réunis ce mercredi matin à l'Elysée. Il a profité de cette occasion pour passer en revue tous les grands dossiers de la politique et sociale et les réformes envisagées en la matière.

Pour le président de la République, l'objectif suprême est d'agir sur "tous les leviers" afin de relancer la croissance économique de la France. "Il y a urgence à renouer avec la croissance. On va réussir ou échouer là-dessus. Ce point (de croissance) qui nous manque, on va aller le chercher", a-t-il déclaré à l'Elysée. "La croissance c'est un tout, la croissance c'est tous les secteurs qui s'entraînent les uns les autres. On va agir sur tous les leviers à la fois. Nous allons créer une masse critique de dynamisme, d'énergie, d'innovation et d'optimisme", a ajouté le président de la République. "Nous allons nous efforcer de le faire dans les semaines et les mois qui viennent sans perdre une minute, sans mesurer nos efforts."

"Euro trop fort"

Pour le président de la République, la priorité est donc d'identifier et de lever tous les obstacles qui freinent la croissance de l'économie française. Des obstacles qui se situent aussi bien hors de nos frontières que dans les structures de l'économie et de la société française. Livrant son diagnostic sur la santé économique de notre pays, Nicolas Sarkozy a affirmé que l'euro est "trop fort" et que son niveau pèse sur le pouvoir d'achat des Français.

"Le pouvoir d'achat qui est trop bas, c'est la faute à la concurrence des pays à bas salaires, au dumping social, écologique et monétaire, à la monnaie chinoise qui est trop basse, à l'euro qui est trop fort", a-t-il lancé. En France, "les prix sont trop hauts" et "les salaires sont trop bas", a-t-il poursuivi devant les députés UMP issus des élections législatives de dimanche dernier.

Pour mieux recenser les problèmes à traiter, le chef de l'Etat a annoncé la création d'une commission chargée de "recenser tous les obstacles à l'expansion", pour lutter contre "l'amoncellement des réglementations". Le Premier ministre sera chargé de la mise en place de cette commission qui aura "trois mois, pas un jour de plus pour remplir sa mission".

L'Etat réformé en profondeur

Au coeur des préoccupations de Nicolas Sarkozy figure la réforme de l'Etat. Celle-ci, a-t-il lancé, "ne peut plus être différée". Elle devra être menée "en profondeur et nous la ferons jusqu'au bout". Le tout devant être piloté directement par le lui-même et le Premier ministre.

Exemple de réforme: le ministre des Comptes présentera désormais devant le Parlement "le budget de tous les ministères", et ce à partir de la loi de finances 2009. Objectif de Nicolas Sarkozy: sortir "de cette situation insensée où on fait tous campagne pour la réduction des dépenses et où un grand ministre est un ministre qui obtient l'augmentation de son budget".

La TVA sociale expérimentée puis généralisée

En matière de fiscalité, le président de la République est revenu sur la question explosive de la TVA sociale. "S'abstenir sur la TVA sociale et regarder passer le train des délocalisations serait non seulement une faute économique, mais une faute morale et une faute politique", a-t-il affirmé. Pour le président, il importe donc de tester cette réforme. Sachant que "si la TVA sociale n'est pas efficace contre les délocalisations, si la TVA sociale n'est pas bonne pour l'emploi et le pouvoir d'achat, eh bien, on ne fera pas la TVA sociale". En revanche, a-t-il précisé, "si elle contribue à freiner les délocalisations, si elle bonne pour l'emploi, si elle est bonne pour la croissance, si elle ne pénalise pas le pouvoir d'achat, alors nous ferons la TVA sociale". Le gouvernement fera donc "une expérimentation". "Si cette expérimentation est réussie, nous ferons une généralisation", a-t-il précisé.

En matière de protection sociale, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il allait "mettre sur la table la question des franchises" sur les remboursements de soins, en étant "ouvert sur toutes les modalités". Pour financer les dépenses nouvelles liées au cancer, à la maladie d'Alzheimer et aux soins palliatifs, "naturellement un effort supplémentaire sera nécessaire", a expliqué le chef de l'Etat. Selon lui, les sommes dégagées par ces franchises "serviront à financer des dépenses de santé dont on a besoin".

Le président de la République s'est également étendu sur la notion de développement durable. Celui-ci, a-t-il expliqué aux parlementaires UMP, ne doit "pas être seulement une politique de protection et de précaution" mais "une politique de production". Une politique, autrement dit, "qui ne soit pas seulement un frein à la croissance quantitative mais qui doit renouveler le contenu de la croissance, qui doit mettre la qualité, la modération, le bien être au coeur de cette nouvelle croissance, et qui va tirer la croissance, qui va stimuler la croissance".

"Minimum de morale"

Nicolas Sarkozy a annoncé dans la foulée l'adoption "très vite" d'une "loi de moralisation de la vie économique". "Je vous demanderai, après que le gouvernement l'ait écrite, de voter très vite une loi de moralisation de la vie économique. Les premiers éléments seront dans le cadre de la session extraordinaire", car "la situation actuelle n'est pas tenable", a-t-il lancé. "Aucun système économique ne peut fonctionner sans un minimum de morale. Si on veut réconcilier les Français avec l'entreprise, l'économie et le marché, il ne faut pas accepter les excès, les dérapages, il ne faut pas défendre l'indéfendable, il ne faut pas excuser l'inexcusable. C'est aussi une manière de témoigner du respect aux travailleurs qui ne peut pas comprendre que celui qui échoue soit récompensé, et qui ressent comme une sorte de mépris à son égard les pratiques de parachutes dorés et de stock-options", a affirmé le chef de l'Etat, faisant allusion aux nombreuses affaires qui ont agité l'opinion ces derniers mois.

Le président de la République a exprimé le voeu que l'Agence pour l'Innovation Industrielle (AII) consacre "un milliard" d'euros, soit la moitié de son budget, aux "entreprises moyennes". "L'aide à l'innovation ne peut pas être qu'en direction des très grandes entreprises", a-t-il déclaré, "les entreprises moyennes sont les oubliées de tous les systèmes d'aides".

Sur le plan international, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il prendra "ses responsabilités" à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour défendre les intérêts de la France. "Pour la politique d'aide aux PME, il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures, il ne peut pas y avoir dérogation pour les Etats-Unis et interdiction pour la France", a-t-il lancé. En outre, "nous sommes décidés à préserver l'indépendance alimentaire de l'Europe en sauvant l'agriculture française. De la même façon, je dirai à nos amis canadiens qu'ils ne peuvent pas vendre leurs trains en France et nous interdire d'aller vendre les nôtres au Canada".

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