Fillon reprend le flambeau de la réforme en profondeur

Réforme institutionnelle, sociale, fiscale: dans son discours de politique générale, le Premier ministre fait le tour de tous les chantiers qui attendent son gouvernement mais aussi les députés et les partenaires sociaux. Avec la volonté affichée de faire bouger la France en interne comme à l'international.

Pas beaucoup d'annonces nouvelles mais du souffle: c'est ainsi que l'on pourrait résumer le discours de politique générale du Premier ministre François Fillon, tenu ce mardi après-midi devant les députés.

L'hôte de Matignon était attendu au tournant tant les annonces du président de la République Nicolas Sarkozy depuis sa prise de fonction avaient paru couper l'herbe sous le pied de son Premier ministre, réduit au rôle de secrétaire général d'un "hyperprésident", selon l'appellation désormais à la mode dans les médias.

Sur le partage des rôles, le Premier ministre a en conclusion donné son interprétation aux députés: "il y a dans le pays un souffle de confiance. Le président de la République en est l'initiateur. J'en suis devant vous le dépositaire."

François Fillon a tout de même adressé un message fort aux élus du peuple ce mardi après-midi: c'est celui de la nécessité impérieuse de réformer le pays. Et ce dans presque tous les domaines.

"Comme chacun d'entre vous, j'aime passionnément la France. Comme vous, j'ai observé, au cours de mes mandats successifs, ses faiblesses et ses atouts, a t-il souligné. Ses faiblesses sont à l'image d'une vieille et grande puissance qui, depuis trente ans, hésite à repenser ses structures et ses habitudes. Droite et gauche confondues, nous nous sommes efforcés d'ajuster le modèle français au lieu de le repenser de fond en comble. J'ai moi-même longtemps privilégié cette approche empirique, avant de constater qu'elle avait atteint ses limites".

Du coup, le Premier ministre lance plusieurs réformes. Institutionnelle d'abord - révision du travail légilsatif et parlementaire, contrôle parlementaire des nominations importantes, meilleure représentation de la diversité politique (avec l'instauration, non mentionnée dans ce discours, d'une dose de proportionnelle), révision de la carte des circonscriptions législatives.

Réforme sociale ensuite: avec des propositions attendues de la part des partenaires sociaux sur l'évolution du marché du travail d'ici à la fin de l'année, une réforme de la représentativité des organisations syndicales ("sur le critère de leur audience parmi les salariés") et une réforme des systèmes de formation car "24 milliards d'euros sont consacrés à la formation; 60% des salariés n'y accèdent jamais."

Sur ce terrain social, François Fillon reprend à son compte les promesses de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle: il fixe un objectif de 5% de taux de chômage pour la fin du quinquennat (contre plus de 8% actuellement), soit tout près du plein emploi.

Si le Premier ministre - et le président de la République - est si ambitieux en matière de lutte contre le chômage, c'est qu'il annonce une "nouvelle croissance", "forte", "saine qui ne soit pas une croissance à crédit dopée artificiellement par les dépenses publiques" (il promet pour 2012 une dette publique ramenée sous les 60% du PIB et l'équilibre budgétaire via des efforts placés dans un cadre pluri annuel) et "une croissance solidaire destinée à consolider la cohésion nationale".

Français Fillon compte également soutenir l'"intelligence française" avec l'aide à la recherche - avec un objectif de 3% du PIB qui doit y être consacré - et à l'université, via un programme de 5 milliards d'euros d'ici à 2012, pour accompagner la réforme (déjà contestée par certains syndicats) qui vient d'être lancée.

Sur l'économie, le Premier ministre n'abandonne pas le terrain au seul Nicolas Sarkozy avec son fameux paquet fiscal (bouclier fiscal, réduction de l'imposition des intérêts d'emprunt immobilier, droits de successions allégés, etc.). Il promet une totale remise à plat du système fiscal français. Et il n'oublie pas les PME afin qu' "à l'instar du Small Business Act américain, (elles) puissent se voir réserver une part des marchés publics".

Avec ce catalogue, l'hôte de Matignon a tenté de ne rien laisser au hasard: politique internationale (action pour la paix, du Darfour au Liban, volonté de voir Ingrid Bétancourt libérée, lutte contre les grandes maladies...) et de défense - nouveau Livre Blanc et nouvelle loi de programmation militaire avec des "choix décisifs" qui ne seront "pas faciles", lutte contre le réchauffement climatique (y compris via des incitations fiscales), implication dans le devenir de l'Union européenne, lancement d'un plan "respect et égalité des chances" pour les quartiers avec un objectif de 500.000 logements construits par an dont 120.000 logements sociaux, amélioration du système judiciaire et pénitentiaire, politique d'immigration choisie...

En introduction, François Fillon avait lancé aux députés: "je vous dois la vérité car elle est au coeur de la rupture." Un terme de rupture (on pourrait y voir la tentation d'y ajouter: avec les années Chirac) qu'employait souvent, il y a quelques mois, Nicolas Sarkozy avant d'adopter un vocabulaire moins agressif pour parfaire son image de candidat à la présidence de la République. Cette fois, c'est son Premier ministre qui reprend le flambeau, selon un partage des rôles déjà remarqué: des deux, c'est plutôt François Fillon qui dira les mots qui fâchent.

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