Faire tapisserie

Les tapisseries anciennes ne subissent pas la spéculation du marché. Plus elles sont grandes, moins elles sont chères. Mais attention: la restauration est très onéreuse.

Les premières tapisseries datent de l'époque sumérienne, mais en Europe, leur fabrication ne s'est développée qu'à la fin du XIIème siècle, leur grande période allant du XIV au XVIIIème. Une tapisserie est un ouvrage textile tissé manuellement, le dessin étant obtenu par la trame de fils de couleurs recouvrant la chaîne. Les spécialistes distinguent deux métiers à tisser: le "haute lisse" ou vertical, souvent utilisé par les manufactures de Paris ou des Flandres et le "basse lisse" (horizontal) parfois muni de "marches" (pédales) afin de produire moins cher et plus vite, en usage à Aubusson notamment.

Plus que décoratives, les tapisseries avaient quatre fonctions. D'abord, protéger du froid et des courants d'air les immenses murs des châteaux médiévaux ouverts à tous vents: on les changeait deux fois l'an selon la qualité de la laine. Puis "cultiver le peuple illettré", comme le recommande le concile d'Arras de 1025, demandant aux évêques de faire réaliser des tapisseries pour enseigner la religion.

Ensuite, vanter les monarchies successives qui en faisaient un "média" pour faire connaître les mérites des puissants: récits de batailles, mariages princiers... Enfin, parachever un pacte militaire ou une alliance politique, puisque ces tentures étaient considérées comme un somptueux cadeau d'allégeance.

Au XVIème siècle, la tapisserie se modifie et devient moins imposante. En effet, la construction des châteaux, aux plus larges fenêtres et aux murs moins hauts limite la taille des tapisseries. Parallèlement, les nouvelles tapisseries de Bruxelles imposent leur style car elles sont réalisées comme des tableaux avec des bordures formant encadrement, introduisant la perspective par des dégradés de couleurs, ne nécessitant plus un recul important pour les apprécier. Savoir: Les laines sont teintées naturellement, avec essentiellement une grande variété de nuances de vert, dont l'intensité varie suivant qu'elles sont fixées au fer, à l'étain, au chrome. Le rouge est obtenu par la cochenille bouillie, le marron par le brou de noix, le bleu par l'indigo. D'où une évidente fragilité qu'augmente l'usure du temps. La restauration coûte très cher, quand elle est possible: entre 5 et 15.000 euros le mètre carré selon le motif et la dégradation. De plus, une tapisserie doit être entreposée dans un lieu ventilé, plutôt froid et bien sec: la plupart des logements modernes sont peu adaptés.

Acheter: Une tapisserie imposante est souvent moins onéreuse qu'une plus petite, les monumentales (la tapisserie de Bayeux fait 69 mètres) étant particulièrement difficiles à accrocher. Contrairement à de nombreux autres secteurs du marché, celui des tapisseries ne connaît pas la spéculation et les amateurs sont d'autant moins nombreux que rares sont ceux qui disposent des murs nécessaires à leur exposition. De plus, une certaine érudition est indispensable pour bien apprécier une tapisserie ancienne.

Les premiers prix, entre 3 et 7.000 euros concernent surtout les "verdures", petite scène champêtre ou fait militaire anodin. Pour une oeuvre de meilleure facture, il faut compter autour de 12.000 euros et 25.000 euros, par exemple pour une pièce "mille fleurs" (décor floral sans perspective) des Flandres.

Tombée en désuétude à la fin du XVIIIème, la tapisserie a été remise au goût du jour par quelques artistes de la deuxième moitié du XXème siècle: il faut compter autour de 6.000 euros pour une pièce moderne signée Picart-Ledoux ou Vassarelly.

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