Quand la révolution de la lumière illumine Paris...

Il y a cent ans, les frères Lumière commercialisaient l'autochrome, le premier procédé industriel de photographie couleur. L'exposition "Paris en couleurs" fait plus que leur rendre hommage. Elle donne à voir 300 photographies rares de la capitale. De véritables pépites qui font un peu oublier les clichés humanistes de l'après-guerre.

Un éblouissement, pour ne pas dire une petite révolution! On croyait tout connaître, ou presque, des grands photographes de la capitale. Et bien non! L'exposition "Paris en couleurs" réussit la prouesse de donner à voir de l'inédit. Avec les quelque 300 photographies réunies salle Saint-Jean, à l'Hôtel de ville, on découvre un Paris vivant et coloré, bien loin des clichés nostalgiques en noir et blanc de l'après-guerre.

Le sous-titre de "Paris en couleurs, des frères Lumière à Martin Parr", embrasse tout un siècle. "Ces images inédites ou peu connues sont pour la plupart l'oeuvre de grands photographes. Elles retracent l'aventure de la photographie en couleurs ainsi que les transformations de la ville: enseignes, murs, affiches, décoration, mobilier urbain, transport, immeubles", explique la commissaire Virginie Chardin.

Disons le tout de suite: l'effet de surprise joue surtout au rez-de-chaussée, dans les premières salles. Notamment celles consacrées aux autochromes des frères Lumière. Fabricants de produits et de matériels photographiques, et inventeurs du déjà célèbre cinématographe, Louis et Auguste présentent le 10 juin 1907, dans les locaux du journal l'Illustration, l'autochrome, le premier procédé couleur monoplaque utilisable par tous.

L'âge d'or de l'autochrome, ce sera le Paris de la Belle époque. Quand les façades des cafés sont dans les tons ocres, et celles des commerces alimentaires dans les tons bleus. Affiches, enseignes et plaques émaillées sont omniprésentes. Sans compter les drapeaux et autres oriflammes qui pavoisent régulièrement la ville. La couleur ne parvient pas, toutefois, à cacher l'inconfort et la pauvreté qui sont alors le lot d'une majorité de Parisiens...

C'est grâce à un banquier pacifiste que beaucoup de ces images sont parvenues jusqu'à nous. De 1909 à 1931, Albert Kahn a envoyé une quinzaine de photographes et cinéastes parcourir le monde pour réaliser des "Archives de la planète". "Paris en couleurs" montre une cinquantaine de reproductions et tirages réalisés à partir de la collection de 5.000 plaques autochromes conservée au musée Albert-Kahn de Boulogne-Billancourt.

Jules Gervais-Courtellemont et Léon Gimpel sont deux pionniers de l'autochrome. Le premier exploitera sous le nom de Photo-Couleurs une salle de projection de 250 places. Quant au second, il sera publié par L'Illustration, le premier hebdomadaire illustré en langue française, qui restera longtemps à la pointe de l'innovation technique. Sont également présentés pour la première fois huit films courts en couleur de 1929 réalisés par l'opérateur Camille-Sauvageot.

Autres surprises: les photos de Walter Dreizner et de André Zucca durant l'Occupation . Le premier est un soldat allemand, photographe amateur, qui est fasciné par la beauté de la ville et des Parisiennes. A coté de ce Paris convenu, vu par un soldat de la Wehrmacht, Zucca propose des images destinées à la propagande nazie. La commande n'oblitère pas le talent de celui qui fut, avant-guerre, co-équipier occasionnel de Joseph Kessel.

Enfin, "Paris en couleurs" retouche l'image du Paris de l'après-guerre. Les photographes humanistes français, notamment Robert Doisneau et Willy Ronis, qui furent exposés ces dernières années à l'Hôtel de ville, ont montré une capitale [et sa banlieue] en noir et blanc, rêvée et poétique, solidaire, fraternelle et drôle, parfois pauvre mais heureuse. Mais pas vraiment réaliste, ni représentative de ce qu'était Paris dans les années 1950 et 1960.

Parmi les photographes étrangers qui se sont essayé à la couleur après-1945, deux ont laissé une trace incomparable. Johan van der Keuken, tout d'abord, dont le film "Paris à l'aube", réalisé de 1957 à 1960, est un petit bijou. Quant à l'Allemand Peter Cornelius, il a publié, en 1961, un album "Couleurs de Paris" avec un texte de Jacques Prévert. Ce sont les tirages d'époque, retrouvés par son fils, qui sont exposés. Une merveille. Et un Paris comme vous ne le reverrez jamais!


Jusqu'au 31 mars 2008, "Paris en couleurs, des frères Lumière à Martin Parr", salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville, 5 rue Lobeau, Paris 4ème, entrée gratuite, tous les jours sauf dimanche et jours fériés, de 10 heures à 19 heures.

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