Brown et Cameron se disputent les héritages de Blair et Thatcher

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Le Premier ministre travailliste fait l'éloge public de la Dame de fer, pendant que le leader de l'opposition conservatrice veut reprendre le flambeau du blairisme. C'est le monde à l'envers dans la politique britannique, au nom du pragmatisme.

C'est un signe de l'ampleur qu'a pris la fin des clivages idéologiques dans la vie politique du Royaume-Uni. Gordon Brown, le Premier ministre travailliste, a fait l'éloge de Margaret Thatcher au cours de sa dernière conférence de presse mensuelle, mardi. "C'est une femme politique de conviction, et je suis aussi un homme politique de conviction", a-t-il dit. Et d'ajouter que la Dame de fer, qui gouverna le Royaume-Uni de 1979 à 1990, avait pris des décisions à long terme positives pour le pays car elle avait compris la nécessité des changements.

Un tel éloge n'est pas nouveau. Tony Blair a souvent exprimé la même opinion, et Gordon Brown lui-même, lorsqu'il était chancelier, a maintes fois salué l'héritage du thatchérisme dans l'économie. Un exemple: l'essor de la City londonienne, que le New Labour Party du couple Blair/Brown a favorisé, a été possible grâce aux premières réformes de Mme Thatcher, dans la moitié des années 80. Même si l'un et l'autre, comme l'a montré récemment la BBC en puisant dans les archives, ne se lassaient pas de dénoncer les "échecs" de Mme Thatcher quand ils étaient dans l'opposition.

De son côté, David Cameron, le jeune leader du parti conservateur, passe sous silence les années Thatcher pour ne jurer que par... Tony Blair. "C'est un homme qui a compris profondément les temps nouveaux et qui a oeuvré pour le changement", fut son premier éloge public, l'an dernier, au cours d'une conférence du parti conservateur. Cameron essaye à tout prix de se présenter comme le vrai héritier du blairisme, ce mélange de politiques libérales en économie et d'interventionnisme de l'Etat dans la modernisation des services publics et dans les grandes causes, telles que l'aide à l'Afrique ou l'environnement.

A contrario, David Cameron veut faire apparaître Gordon Brown comme une relique du vieux Labour Party, idéologiquement à gauche et prisonnier des syndicats. Bref, incapable à son avis de poursuivre la réforme inachevée des services publics, avec par exemple l'introduction et le développement à fond d'un système mixte public et privé dans la santé.

L'un et l'autre tentent ainsi de s'approprier l'héritage de l'autre. Qui plus est, ils rejettent avec dédain toute tentative des "nostalgiques" dans leur camp respectif de revenir aux origines. Ainsi, David Cameron doit ces jours-ci parer à la contre-attaque de Michael Ancram, un député en vue des Tories, qui l'exhorte à s'inspirer à nouveau de Margaret Thatcher au lieu de poursuivre des politiques "sans contenu". Revenir à Thatcher? "C'est une époque révolue, terminée il y a vingt-sept ans", martèle son entourage.

Pour Brown, cette dispute interne aux Tories est la preuve que le parti conservateur est "guidé par des factions dont le leader est prisonnier", plus qu'il n'est guidé par un leader sûr de lui et de ses valeurs.

Morale de l'histoire: dans la perspective des élections anticipées, qui pourraient être convoquées d'ici au printemps prochain, chaque parti essaye de se positionner au centre, via des incursions dans le camp du rival. Il y a dans cela beaucoup de tactique, mais il y a aussi la réalité d'une classe politique qui a accepté l'idée que les bonnes recettes peuvent parfois venir de l'ennemi. Au point de risquer une apparente confusion dans le débat.

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