L'insondable solitude de l'agent secret
La Tribune
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L'acteur Robert de Niro, qui fut grand dans les années 70-80, un peu moins ces derniers temps, distille ses propres films au compte-goutte. Dommage, car derrière la caméra il est toujours excellent. Treize ans après le mémorable "Il était une fois le Bronx", il nous régale d'un deuxième film, "Raisons d'Etat" où il retrace l'histoire de la CIA, de ses origines en 1939 jusqu'à la crise de Cuba en 1961.
L'acteur-réalisateur s'est fait conseiller par Mitt Bearden, vétéran de l'Agence, retraité depuis trente ans, auteur de plusieurs livres sur le sujet. Version romancée de l'histoire réelle, mais véridique en ce qui concerne les événements relatés, ce film historique remarquablement dirigé est porté par l'interprétation de Matt Damon qui réussit à personnifier l'archétype du fondateur de l'agence de renseignement américaine, l'agent secret Edward Wilson condamné à la solitude à perpétuité, victimes de toutes les trahisons qu'il a lui-même ourdies.
D'une durée de près de trois heures, le film, qui a la grandeur d'un opéra, est co-produit par Francis Ford Coppola. De Niro y joue lui-même un rôle secondaire, celui d'un gradé et éminence grise de l'Agence, le général Sullivan.
Tout commence en 1939. Brillant étudiant à l'université de Yale, le jeune Edward Wilson, fils de bonne famille blanche, est contacté par une société secrète qui a des relents d'extrême droite, certains de ses membres militant même pour Hitler, la Skull and Bones Society.
Avec l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, changement de cap et Wilson se voit choisi pour travailler à Londres au sein de l'OSS (Office of Strategic Services). Là, il fait preuve de "qualités" d'organisateur de machinations et trahisons en tous genres, qu'il exerce sans sourciller, en commençant par la liquidation des nazis de la Skull and Bones Society.
Sur le plan privé, Wilson, astreint évidemment au secret absolu, n'a que des déboires. Sauf peut-être de la part de sa femme, une fille de sénateur (Angelina Jolie) qu'il a épousée enceinte mais qu'il n'aime pas, et dont il aura un fils, enfant modèle mais proie facile. De son côté, le grand amour de sa vie lui réservera une déconvenue bien amère. Mais s'il est un amour qui chez lui ne faiblit pas, c'est celui qu'il éprouve pour son pays, quoiqu'il lui en coûte.
A la fin de la guerre, c'est au tour de la guerre froide de prendre le relais. La CIA est créée, Wilson obtient la direction des opérations à l'étranger de l'Agence. Tous les coups sont permis et l'agent, qui a carte blanche de la part de sa hiérarchie, ne se prive pas des pires machinations contre le KGB dont son alter-ego soviétique est un adversaire à sa hauteur.
Avec la révolution cubaine, un engrenage atroce se met en place qui fera de Wilson le principal responsable de l'échec du débarquement américain dans la Baie des cochons, en 1961. Ses adversaires ne manquant pas de s'en prendre à ce qu'il a de plus cher, Wilson va être battu sur son propre terrain, celui de la trahison.
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