Désendettée, la Russie voit le rouble devenir une "monnaie dominante"

Dans une interview accordée à La Tribune, Sergueï Stortchak, vice-ministre des Finances russe, souligne que son pays est désormais largement créditeur et que sa devise ne cesse de se renforcer. Il explique aussi que le pays veut repenser la gestion de sa manne pétrolière.

Huit années et demie seulement se sont écoulées depuis le défaut du gouvernement russe sur sa dette en 1998, mais d'un point de vue financier, c'est le jour et la nuit. Le trou de 160 milliards de dollars de dette totale a fait place à des réserves de 315,3 milliards de dollars, sur lesquelles trône aujourd'hui le Kremlin. Ravie de pouvoir enfin liquider la vieille dette soviétique envers le Club de Paris, la Russie y a effacé en août dernier son nom de la colonne des débiteurs. "En réalité, la Russie est devenue pays créancier depuis 2004", rappelle à La Tribune Sergueï Stortchak, vice-ministre des Finances russe, "dans son bilan 2006, le pays arrive en position de créditeur net à hauteur de 140 milliards de dollars".

Et Moscou songe désormais à développer son rôle de créditeur d'Etat à Etat. "Les prêts accordés ces dernières années ne dépassaient pas les 400 millions de dollars par an, mais le budget de cette année prévoir une augmentation importante puisque jusqu'à 800 millions de dollars sont prévus pour les crédits internationaux", précise le vice-ministre.

Reste que hors de son opulente capitale, la Russie est loin de ressembler à un pays riche. Son industrie de transformation survit à peine et la création de biens à forte valeur ajoutée reste un objectif lointain. Encore modeste, l'économie domestique n'est pas en mesure d'absorber l'afflux monstrueux de pétrodollars, lequel renforce exagérément le rouble et gonfle l'inflation.

Rouble fort, danger

"Le renforcement du rouble frappe très durement nos industriels", déplore Sergueï Stortchak, "ils sont dans l'incapacité d'assurer leurs risques liés aux devises". En revanche, le vice-ministre rapporte avec satisfaction que des dirigeants de Deutsche Bank et JP Morgan récemment rencontrés lui ont confirmé que le renforcement du rouble "rendait le pays très attractif pour les investisseurs étrangers".

Le rouble, qui n'est devenu convertible qu'à l'été dernier, fait déjà l'objet d'une grande attention sur le marché des changes. Les investisseurs notent son renforcement continuel et un nombre croissant de plates-formes d'échange acceptent le rouble comme monnaie de règlement. "Dans quelque temps, il est tout à fait possible que le rouble devienne une des monnaies dominantes", ambitionne Sergueï Stortchak. "A quelle date, difficile de le dire. Ce n'est pas notre objectif pour l'instant. Notre but est de faire du rouble une monnaie pratique, effective et sûre pour la facturation."

"Mal hollandais"

La tâche la plus urgente du ministère des Finances consiste à protéger l'économie russe de sa vulnérabilité excessive envers la conjoncture internationale et du "mal hollandais" menaçant les pays trop dépendants de leurs matières premières. "Hormis la retenue dans les dépenses publiques, notre principal instrument de protection est le fonds de stabilisation", estime Sergueï Stortchak.

Ce coussin qui prélève des taxes sur l'extraction et l'exportation de pétrole lorsque le prix du baril est supérieur à 27 dollars et vise à "protéger le système budgétaire du pays des changements de la conjoncture extérieure" va bientôt s'élargir. "Il ne collectera pas simplement les taxes sur la production et l'exportation de pétrole mais également des taxes sur la production et l'exportation de gaz, ainsi que des taxes sur les produits pétroliers raffinés", annonce le vice-ministre. "La somme collectée dans ce fonds devrait significativement dépasser celle du fonds de stabilisation".

Le fonds, qui n'en finit pas d'enfler, a gagné 15% depuis le début de 2007 à 103,6 milliards de dollars. Au 1er mars, il était constitué de 44,31 milliards de dollars, 34,6 milliards d'euros et de 5,19 milliards de livres sterling.

Vladimir Poutine vient de suggérer qu'au cours des trois prochaines années, le fonds soit divisé en deux parties distinctes: un "fonds de réserve" ayant pour objectif d'assurer la stabilité des dépenses du budget à moyen terme en cas d'effondrement des cours du pétrole, et un "fonds pour les générations futures" collectant les sommes en excès une fois effectués les versement fixes au fonds de réserve. Le président a également proposé que la taille du fonds de réserve et les transferts vers le budget fédéral russe soient limités selon un pourcentage fixe ajusté sur le PIB, vraisemblablement entre 2,9 et 3,6%.

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