Le combat des vivants

Julien Bouffier adapte pour la scène le roman de Gérard Mordillat "Les Vivants et les morts". Une fresque sociale aux personnages profondément humains.

C'est un projet de grande ampleur dans lequel s'est engagé le jeune metteur en scène Julien Bouffier. En résidence au 'Théâtre des 13 vents' de Montpellier, il adapte le livre-monstre de Gérard Mordillat "Les Vivants et les morts". A l'origine, un pavé de 660 pages, grand roman populaire qui rappelle Zola ou Hugo. Une fresque sociale centrée sur la fermeture d'une usine et qui brasse une multitude de personnages, ouvriers et ouvrières condamnés au licenciement.

Le spectacle s'ouvre sur une scène d'introduction nerveuse, tendue. Et puis d'un coup, sans crier gare, un immense écran affiche en grosses lettres sur une musique entêtante: "Les Vivants et les morts, épisode 1". Suit un générique façon série télé où se succèdent les acteurs et collaborateurs du film... enfin, de la pièce. Ce générique et cette musique ponctueront trois fois les quatre heures de spectacle. Trois épisodes qui forment la "première saison" de la saga. Le théâtre s'inspirant de la télévision, cela à de quoi surprendre.

On retrouve cet esprit "sitcom" tout au long de la pièce. On tique un peu parfois. D'autres fois le résultat est réellement efficace. Par ce choix singulier de mise en scène, Bouffier a su coller à l'esprit du livre de Mordillat. Soit la représentation brute d'une réalité sociale violente. On peut parler de plans sociaux en termes très philosophiques, envisager des problématiques à grande échelle. Ce n'est pas le propos ici. Notre oeil est amené à voir des femmes et des hommes, leur vie, leur vulnérabilité, leur désarroi, la joie qui peut jaillir de la peine. Les histoires qui nous sont contées sont des histoires simples, des histoires de tous les jours. C'est sans nul doute ce qui crée la grande force émotionnelle des "Vivants et les morts".

La mise en scène de Bouffier se justifie sur ce point. Tout comme se justifie l'utilisation de la vidéo. Entre le plateau et le public, un immense écran translucide fait se superposer l'action sur scène et cette même action, vue sous un autre angle, filmée par une caméra manipulée par les acteurs. Si le procédé surprend au départ, il apporte une dimension nouvelle et fascinante. On pense aux films "Dogme" de LarsVon Trier, dans la façon de filmer et dans son rendu très charnel, intime et tourbillonnant. S'ajoute une musique omniprésente, joué sur scène, qui accentue encore plus la tension de chaque scène.

Cette première saison achevée, Julien Bouffié s'apprête à s'engager dans la suite et fin de la saga de Mordillat. Elle devrait être montée l'année prochaine à Montpellier. Le spectacle passera ensuite sous forme d'intégrale à Paris. Il promet une nuit de théâtre singulière et passionnante.

Jusqu'au 23 novembre au Théâtre des 13 vents, Montpellier. Tél: 04-67-99-25-00
www.theatre-13vents.com

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