L'Algérie s'emballe pour le fast-food

 |   |  643  mots
Le Maghreb découvre, mondialisation oblige, la restauration rapide, symbole s'il en est, de l'occidentalisation de la planète.

Le Maghreb que l'adage populaire local présente des siècles comme étant "la terre du burnous et du couscous", découvre, mondialisation oblige, la restauration rapide, symbole s'il en est, de l'occidentalisation de la planète. Il y a quelques semaines, dans un engouement populaire aussi inattendu qu'impressionnant, c'est la chaîne Quick Burger qui a ainsi ouvert son premier restaurant à Alger. Déjà présente au Maroc, cette enseigne franco-belge entend ouvrir au moins 20 établissements en Algérie d'ici 2012.

Après avoir mis deux ans à s'implanter dans ce pays, Quick s'est félicité dans le même temps d'être la première à prendre pied dans ce qui fut, hier, un pôle du socialisme tiers-mondiste. En effet, et malgré des informations régulières à ce sujet, ni McDonald's ni Burger King ne sont présents sur ce marché de plus de 30 millions de consommateurs où l'augmentation des franchises et des concessions est proportionnel à la hausse des revenus pétroliers.

L'emplacement du restaurant est lui-même symbolique. Situé dans la rue Ben M'hidi, l'ex-rue d'Isly, il remplace la mythique et désormais défunte brasserie Le Novelty, véritable icône de la mémoire pied-noir. Encore plus fort, "el-Quick", comme le surnomment déjà les Algérois, fait face à la statue équestre de l'Emir Abdelkader, que l'on considère en Algérie comme le fondateur de la Nation algérienne moderne. Tout un symbole...

Loin de ces considérations historiques, les habitants de la capitale algérienne mais aussi des départements avoisinants sont venus en masse à l'inauguration, alléchés en cela par une campagne publicitaire pugnace et bien relayée par l'unique chaîne de télévision locale. Selon la presse algéroise, la rumeur selon laquelle les hamburgers de Quick seraient réalisés avec des "produits importés", comprendre de France (gage du bon goût "de là-bas"), n'est pas non plus étrangère aux longues files d'attente aux caisses.

A quelques centaines de mètres de là, à proximité de la place des Martyrs, les traditionnelles rôtisseries dont la carte propose brochettes de merguez, de viande d'agneau ou d'abats sans oublier l'incontournable "bouzelouf", la tête de veau grillé, voient le danger venir. Jusque-là, les rares fast-food locaux, repérables à leur odeur de graillon encore plus puissante que ce qui peut exister en Europe, ainsi que les "akl khafif fi kouli waqt", soit "repas léger à toute heure" (mélange de pizzeria et de doner kebab), n'ont jamais pu les détrôner. Mais face à une enseigne occidentale, ils craignent aujourd'hui de subir le même sort que leurs homologues marocains qui ont du mal à contrer la concurrence de la restauration rapide à l'euro-américaine.

Il faut dire qu'au Maroc comme en Algérie, les grands noms de la restauration rapide, ont su s'adapter aux goûts locaux. Inutile de préciser que la viande est "100% halal" et très épicée ce qui est normal dans une région où l'on considère que de la harissa tartinée dans du pain est un banal et inoffensif casse-croûte. Au Maroc, McDonald vient même d'innover en lançant "McArabia", un hamburger avec du pain oriental, du boeuf haché relevé avec du cumin et de la coriandre. Tout un programme...

Pour les économistes algériens, le phénomène a néanmoins son importance. Dans un pays où l'agriculture a beaucoup souffert de la collectivisation, ils n'excluent pas que l'implantation des chaînes de restauration rapide couplée à la montée en puissance du secteur agroalimentaire (Danone est très actif en Algérie) conduise à la réorganisation des circuits de distribution des produits agricoles et amène les petits producteurs à rationaliser leur activité. En somme, le fast-food au service de la renaissance de l'agriculture algérienne. L'histoire prend parfois des chemins étonnants.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :