Alstom et le russe Atomenergomash finalisent leur coopération dans le nucléaire

 |   |  637  mots
L'accord de partenariat signé ce vendredi après-midi porte sur la création d'une co-entreprise détenue à 49% par Alstom. Le groupe français bénéficiera d'un accès privilégié au marché russe, et Atomenergomash de la technologie nucléaire de pointe maîtrisée par Alstom dans le segment des turbines à haute puissance.

Le groupe français Alstom et la société russe Atomenergomash signent ce vendredi après-midi un accord de partenariat, annoncé en avril et porteur d'espoir pour l'avenir. Une co-entreprise de fourniture d'équipements nucléaires est ainsi créée, qui portera les noms des deux parties accolés et sera détenue à 51% par l'entreprise russe et à 49% par Alstom. Environ 300 millions d'euros sont investis par chaque partenaire sous forme d'actifs et de cash.

Outre le contexte de la ressource énergétique internationale qui fait de l'industrie nucléaire un secteur en pleine expansion, ce partenariat est d'un intérêt stratégique et économique majeur pour Alstom. L'équipementier français bénéficie ainsi d'un accès privilégié au marché russe : la nouvelle société commune produira à partir de 2001 entre 2,5 et 3 îlots conventionnels (parties non nucléaires d'une centrale) chaque année et s'adressera en priorité au marché des futures centrales nucléaires russes. Une usine "ad hoc" sera installée non loin de Moscou à cet effet.

Le marché russe est très prometteur puisque dans le cadre de la restructuration de son industrie nucléaire, Moscou prévoit la construction de 26 nouveaux réacteurs dans les douze prochaines années (plus de 150 milliards de roubles, soit 5,8 milliards de dollars, y seront consacrés en 2009 et 2010) et une cinquantaine d'ici 2030. En outre, la future "joint venture" pourra aussi intervenir, hors de Russie, sur des projets de centrales utilisant la technologie nucléaire russe.

Pour Patrick Kron, PDG de l'équipementier français, "cet accord constitue une reconnaissance par la Russie du savoir-faire d'Alstom". Mais l'intérêt n'est pas moindre pour la Russie qui va ainsi bénéficier d'une technologie nucléaire de pointe, les turbines Arabelle à faible vitesse, adaptables à tous les types de réacteurs nucléaires.

Ce transfert de technologie permettra à la Russie de développer une politique active d'efficacité et d'efficience énergétiques, basée sur la modernisation de son parc nucléaire vieillissant et la construction de nouvelles centrales, la diversification de sa production pour répondre à une demande sans cesse croissante d'électricité (les besoins vont doubler dans les dix prochaines années), la limitation et la lutte contre les émissions de dioxyde de carbone, répondant en cela aux engagements pris avec l'Union européenne, dans le cadre du partenariat UE-Russie, et la captation de nouveaux marchés tels que la Chine, où la Russie pourrait construire entre six et huit réacteurs ainsi que l'a laissé entrevoir Sergueï Kirienko, ancien Premier ministre russe (en 1998) et dirigeant de Rosatom, agence fédérale russe de l'Energie atomique.

L'allemand Siemens et l'ukrainien Turboatom étaient aussi sur les rangs pour s'unir à Atomenergomash. Alstom l'a remporté grâce à ses atouts techniques, mais aussi grâce à sa capacité de saisir les opportunités de partenariats ciblés tel que cette co-entreprise, qui illustre aussi la volonté et les potentialités de la Russie de développer des collaborations internationales fiables et fructueuses.

Pour Sergueï Kirienko, il s'agissait de privilégier "la qualité et la possibilité d'aller vite": "nous avons choisi Alstom car c'est le numéro un au monde des turbines à haute puissance. Et aussi parce que cette société a une stratégie claire cet nette envers la Russie. C'est allé très vite, en six mois", se félicite l'ancien Premier ministre. Selon lui, la moitié des nouveaux réacteurs prévus dans le programme russe utiliseront la technologie fournie par la nouvelle "joint venture". Celle-ci, quand elle sera opérationnelle, devrait enregistrer un chiffre d'affaires d'environ 1 milliard d'euros par an.

La société Atomenergomash, spécialisée dans les équipements pour centrales nucléaires, est une filiale d'Atomenergoprom, société holding publique qui contrôle toute la chaîne nucléaire civile et instituée au sein de Rosatom.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :