Discours de politique générale : Fillon va tenter d'exister

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François Fillon présente mardi 3 juillet un discours de la réforme en rentrant dans le détail de quelques mesures importantes. Il devrait en profiter pour exister face à l'activisme du président de la République.

Fillon-le-tranquille réussira-t-il à s'imposer aux côtés de Speedy Sarko ? Une première réponse à cette question sera donnée mardi après-midi, 3 juillet 2007, à l'Assemblée nationale lorsque le Premier ministre se livrera à l'exercice obligé - et redoutable - de tout nouvel occupant de Matignon : le premier discours de politique générale. Cet exercice sera rendu plus délicat pour lui. Il devra en effet imprimer sa marque personnelle et déclencher l'enthousiasme des députés. Car il se trouve dans la difficile situation, plus que tous ces prédécesseurs, d'exister face à l'activisme tout terrain du président de la République.

Mardi après-midi, pendant 45 minutes, devant les députés, François Fillon détaillera donc son action future. Il devrait se livrer à un discours sur la méthode de la réforme en évitant d'égrèner un catalogue de mesures, même s'il entre dans le détail de quelques réformes urgentes comme le financement de l'assurance maladie et la mise ne cohérence des quatre dossiers-clé du gouvernement ("Paquet fiscal", réforme des universités, service minimum dans les transports, loi sur la récidive), souligne l'entourage du Premier ministre à l'AFP.

"Le rôle du Premier ministre va être amené, à partir de la déclaration de politique générale, à se renforcer", souligne le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, à l'AFP. Celui-ci ajoute qu'alors, on verra dès lors "apparaître la complémentarité de l'équipe de façon beaucoup plus importante".

A l'issue de son discours, qui, comme le veut la tradition, sera lu au Sénat par Jean-Louis Borloo, le Premier ministre engagera la responsabilité de son gouvernement devant l'Assemblée nationale. Il devrait évidement l'obtenir sans difficulté. L'UMP dispose de la majorité absolue, avec 320 députés sur 577. L'enjeu résidera plus, pour François Fillon, dans la vigueur des applaudissements des députés de la majorité et la manifestation ostensible d'un soutien sans faille.

Car, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et la nomination de François Fillon à Matignon, des petits et de grands faits se sont succédés qui posent question sur la place que veut bien accorder le président de la République à son Premier ministre. C'est d'abord l'annexion par le président de la République du pavillon de la Lanterne, traditionnelle résidence de week-end des chefs de gouvernement. C'est enfin David Martinon, porte-parole de Nicolas Sarkozy, déclarant dans le Monde (daté du 30 juin 2007) que le Premier ministre "n'aura pas à faire preuve d'imagination de beaucoup d'imagination". David Martinon précisera plus tard que la citation a été tronquée. Elle aurait dû être précédée par : "Nicolas Sarkozy et François Fillon ont préparé ensemble le projet présidentiel".

Plus grave pour François Fillon, Nicolas Sarkozy s'est livré à un véritable discours de politique générale le 20 juin dernier en recevant les parlementaires UMP. Pire, pour le Premier ministre, sur les quatre dossiers clé des débuts de la nouvelle présidence, deux au moins sont gérés directement par l'Elysée. La grogne des étudiants et des professeurs face à la réforme des universités s'est calmée après que le Président est reçu les parties prenantes et ait laissé entendre que le projet présenté par Valérie Pecresse était amendable. Il le fut dans les jours suivants pour le plus grand bonheur de la communauté universitaire. Nicolas Sarkozy s'implique ensuite fortement dans la "vente" des réformes fiscales. Ces dossiers intérieurs s'ajoutent aux compétences exclusives du président en matière de Défense et d'Affaires étrangères.

Matignon n'a jamais été un havre de paix pour ses locataires. Mais, là, il semble bien qu'un saut ait été franchi. Visiblement, la nouvelle organisation des pouvoirs voulue par le Président Sarkozy innove en poussant la logique présidentialiste aussi loin que le permet la Constitution de la V° République.

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