EADS : Dominique Strauss-Kahn défend le pacte d'actionnaires initial

L'ancien ministre de l'Economie et des Finances, en fonction à l'époque de la constitution du pacte d'actionnaires d'EADS, a justifié ce montage. Il estime qu'il n'était pas "illégitime" que Lagardère ou Daimler aient souhaité réduire leur part dans EADS.

Entendu ce vendredi par la commission des finances de l'Assemblée nationale sur EADS, projet auquel il a contribué en 1999, Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'Economie et des Finances, a expliqué qu'il aurait essayé de convaincre les actionnaires industriels de ne pas céder d'actions en 2006. L'Etat français avait peut-être aussi une occasion de renforcer ses positions dans EADS à l'occasion de la sortie partielle des groupes privés Lagardère et Daimler, selon lui.

Lagardère et Daimler ont informé le gouvernement français en novembre 2005 de leur décision de réduire leurs participations, de respectivement 15% et 30%, en cédant chacun 7,5%. La vente a eu lieu en avril 2006, quelques semaines avant l'annonce de nouveaux retards du programme Airbus A380, qui a provoqué une chute de 26% de l'action en une séance en juin. L'Autorité des marchés financiers (AMF) a évoqué dans un rapport intermédiaire de possibles délits d'initiés.

Dominique Strauss-Kahn (DSK) a déclaré qu'Arnaud Lagardère, président éponyme du groupe de médias dont il a pris la tête après la mort de son père Jean-Luc, en mars 2003, n'avait jamais caché qu'il voulait aller davantage vers les médias et que Daimler avait des problèmes avec sa filiale américaine Chrysler. "Les gens ont d'autres intérêts, d'autres préoccupations. Donc, ce n'est pas illégitime qu'ils viennent nous dire ça. En revanche, il y avait peut-être une occasion, peut-être pas (...), de se dire : est-ce qu'on ne peut pas essayer de reconfigurer de façon différente et prendre une part publique plus importante", a-t-il souligné en précisant toutefois que cela dépendait de plusieurs choses, dont les finances publiques.

Il a ajouté que certains, dans le camp français, avaient toujours pensé lors de la mise au point du pacte d'actionnaires, en 1999, que Daimler pourrait sortir un jour d'EADS. Cependant, a-t-il précisé, "je ne suis pas en train de dire que notre objectif était de pousser les Allemands dehors".

S'agissant du pacte d'actionnaires, Dominique Strauss-Kahn a défendu l'action du gouvernement du Premier ministre socialiste Lionel Jospin auquel il appartenait alors. Il a expliqué que si l'Etat avait accepté de ne pas être représenté "en tant que tel" au conseil d'EADS, il avait obtenu un droit de veto au sein de la Sogeade, sa holding avec Lagardère, puisque les grandes décisions devaient être adoptées par six voix sur huit alors que les partenaires avaient chacun quatre voix.

Il a ajouté que Paris avait obtenu un "put" (option de vente) de Daimler en sa faveur bien que l'Etat français ne puisse pas dépasser 15% du capital. Il a assuré que l'Etat pouvait imposer des administrateurs via la Sogeade et qu'il avait un veto sur la vente de certaines activités stratégiques d'EADS.

"Le pacte a été suffisamment équilibré pour que les intérêts français publics et privés soient durablement préservés", a déclaré DSK. "Il faut faire des bons montages, mais derrière il faut qu'on s'en occupe (...) Si les représentants de l'Etat sont là pour dormir, cela part à vau l'eau", a-t-il estimé, mettant implicitement en cause les représentants de l'Etat au sein de la Sogeade.

Il a aussi rejoint la déclaration d'Arnaud Lagardère qui avait indiqué devant la commission ne pas pouvoir "être administrateur sans l'accord de l'Etat", se distinguant de la position de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, qui a récemment assuré que "l'Etat ne désigne aucun administrateur" d'EADS. Et DSK a indirectement répondu au Premier ministre, François Fillon, qui parlait au début octobre d'un "pacte d'actionnaires curieux" adopté "sous une autre majorité", "qui privait l'Etat français et l'Etat allemand de tout droit d'intervention sur les affaires d'EADS". Le pacte était un "compromis", "il faut arrêter que les Français se tapent sur les mains" a souligné DSK.

"Les Allemands ne voulaient pas du tout de présence de l'Etat français", a-t-il souligné, en rappelant que Daimler envisageait alors de faire alliance avec les industriels britanniques sans le groupe français Aerospatiale-Matra. "La possibilité de renégocier avec les Allemands d'autres situations (...) est tout à fait concevable", a ajouté l'ancien ministre, en précisant que l'équilibre n'est "pas inscrit dans le marbre jusqu'à la fin des temps".

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