Conférence de presse Sarko-Bush : "the (little) show must go on"

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Un cadre champêtre, une attente dans le froid et quatre petites questions puis s'en vont...

Je pourrais, au fil de paragraphes entiers, vous parler de la beauté de la Virginie en ce début novembre, des couleurs fauves des feuillages, des embrasements carmins des érables, de la puissance tranquille du Potomac et de la douceur de la lumière en début d'après-midi, mais se serait tricher, car j'ai, en d'autres colonnes, déjà célébré l'automne (*).

Je me contenterai donc de vous dire que, mercredi 7 novembre, après avoir assisté au discours de Nicolas Sarkozy au Congrès, nous avons pris la route - convoi de plusieurs bus - pour Mount Vernon, lieu historique où, jadis, George Washington s'est retiré pour cultiver son jardin.

Nous étions encore z-émus par l'ode à l'amitié franco-américaine prononcée par Nicolas Sarkozy mais en arrivant au site (très fréquenté par les touristes, nous a-t-on dit), le "Secret Service" s'est chargé de nous rappeler à la réalité moins prosaïque de ce monde. Fouille individuelle, poêle à frire qui chatouille les aisselles et l'entrejambe, tournez-vous s'il vous plaît, comment allez-vous aujourd'hui, levez les mains, allez par-là, revenez par-ci,...

Pour nous prêter à la palpation, nous dûmes abandonner nos sacs sur le trottoir. Interdit de les récupérer avant que les amis de Jack Bauer, chien détecteur d'explosifs tenu en laisse, ne terminent de les inspecter. Et quelle inspection ! Tout objet examiné, ordinateurs sortis, mis en marche puis posés sur le sol. Un journaliste veut-il récupérer son sac ? "Step back !" lui ordonne aussitôt un homme en noir, oreillette bien apparente et grand manteau bien gonflé qui lui vaut le surnom immédiat de Dunlop.

Barda récupéré, nous voici assis bien sagement devant l'honorable bâtisse. Une heure d'attente dans le froid, à regarder les photographes régler leurs appareils commandés à distance ou à observer les différentes phases d'installation de deux chauffages à gaz, placés de part et d'autre de l'estrade ou trônent les deux pupitres avec micros. De quoi penser à Tim Davis, ce photographe américain qui suit la politique de son pays par le prisme de ses à-côtés, en ne photographiant jamais les protagonistes mais les objets et décors qui les entourent (**).

"Trois questions", nous a-t-on soudain prévenu. Trois questions pour la presse française, trois autres pour l'américaine. Pas plus. A charge pour les journalistes de se mettre d'accord. Tractations entre confrères. On choisit l'Irak (que peut faire la France ?), l'Afghanistan (va-t-on envoyer des soldats français à Kandahar ?) et l'Iran (jusqu'à quel point les Américains et les Français sont-ils d'accord ?". Venu aux nouvelles, un conseiller de Nicolas Sarkozy suggère une question sur la politique européenne de défense. Rien à faire, nous gardons nos questions d'autant plus que le chiffre autorisé n'est plus trois mais deux.

Les deux chefs d'Etat arrivent. George W. Bush est détendu, souriant, Nicolas Sarkozy est un peu crispé. Le décalage horaire, sûrement. Poignée de main devant les photographes. Petit speech de George W. Bush, heureux d'accueillir son homologue français, d'avoir évoqué de nombreux sujets avec lui (Kosovo, Iran, Proche-Orient, Afghanistan,...). A son tour, Nicolas Sarkozy prononce plusieurs gentillesses, "accueil émouvant", "climat de très grande confiance",...

Pour la première question, la balle est pour l'équipe qui joue à domicile. "Pourquoi les Etats-Unis sont-ils plus durs à l'encontre de la junte birmane que vis-à-vis du général Musharaf ?". Vient ensuite la question française à propos de l'Irak, la journaliste utilisant le mot "bourbier" que ne manquera pas de relever le président Bush... Deuxième salve : "Le discours à l'encontre de l'Iran n'est-il pas aussi responsable de la flambée des prix du pétrole ?" (question américaine) et, tour de force français, car inclus dans la même question "l'importance à venir de la participation française en Afghanistan et l'avenir du Liban".
Inutile que je vous parle des réponses, langage policé, grandes déclarations à propos des principes intangibles, démocratie, liberté pour tous. En bref, rien de bouleversant.

Pas d'autres questions. Bush dit non, terminé. Un journaliste arabe en poste à Washington essaie tout de même. En vain. Pourtant, m'assure-t-il, le président américain le connaît et l'apprécie depuis une conférence de presse où il lui a lancé pour attirer son attention "nul n'est parfait mais je m'appelle Mohammed et j'ai une question pour vous." Sourires.

Il est temps de partir. Les deux hélicoptères militaires décollent dans un nuage de poussière. Nicolas Sarkozy a serré la main de quelques journalistes puis est reparti dans sa limousine. Au loin, déjà, les sirènes retentissent. Tout ça pour ça. Il y a de quoi être songeur. Tout ce branle-bas de combat pour quatre questions. Le journalisme emprunte parfois des chemins étranges...

(*) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31149
(**) www.davistim.com

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