Les principaux défis du secteur pétrolier en 2007 selon Standard & Poor's

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S'ils ont fini de croître à un rythme effréné, les bénéfices des majors demeureront cependant à des niveaux très élevés cette année. La frénésie de fusions et d'acquisitions dans le secteur va perdurer en 2007. Les budgets dédiés aux investissements dans l'exploration et la production seront le facteur clé à surveiller, selon S&P.

Au sortir de l'année exceptionnelle connue par les groupes pétroliers et gaziers, les experts de Standard & Poor's - agence spécialisée dans l'évaluation de la capacité des entreprises à rembourser leurs emprunts - reviennent sur les principaux facteurs à même d'influencer l'équilibre financier des "majors" en 2007.

Premier d'entre eux, le prix du pétrole, bien sûr. Si le reflux de 30% du cours du brut depuis l'été dernier a forcé ces groupes pétroliers à publier dernièrement des résultats trimestriels en retrait entre octobre et décembre dernier, "le prix du pétrole n'en reste pas moins à des niveaux robustes par rapport à ceux affiché ces dernières années et devrait continuer d'être synonyme de performances financières solides pour la plupart des compagnies", relèvent ainsi les équipes dirigées par Jeffrey Morrison. Les prévisions sur lesquelles se basent celles-ci lors de leur évaluation de la santé des compagnies pétrolières n'en restent pas moins extrêmement prudentes: 55 dollars en moyenne pour un baril de WTI en 2007, 50 dollars en 2008 et 33 dollars les années suivantes...

Si les bénéfices des "majors" sont appelés à rester élevés, leur rythme d'accroissement se tasse. Responsable du versant "actions" de la recherche chez S&P, Tina Vital s'attend ainsi à une progression de seulement 0,5% des bénéfices par action dans le secteur cette année, alors que ceux-ci s'étaient envolés de 26% en 2006.

Ceci ne devrait pourtant guère dissuader ces groupes d'interrompre les versements à leurs actionnaires via de généreux programmes de rachat d'actions. Les spécialistes de S&P officiant coté "dette" s'inquiètent même des conséquences de "politiques de redistribution de plus en plus en agressives".

Les fluctuations impressionnantes affichées par les cours du gaz naturel en Amérique du Nord au cours des derniers mois ne semblent guère à même de menacer les comptes des groupes énergétiques. A long terme, "la croissance de la demande locale, les quantités limités de gaz liquéfié disponibles et la déplétion de plus en plus accentuée [des gisements domestiques] militent pour des prix plus élevés", poursuivent les spécialistes.

Cet environnement favorable aura tout lieu de continuer d'alimenter la frénésie de rachats d'entreprises dans le secteur: l'an dernier, une trentaine d'opérations de plus de un milliard de dollars ont été annoncées et, en douze mois, l'ensemble des fusions atteint les 132 milliards de dollars. "La hausse des prix exigés reste cependant une source d'inquiétude, particulièrement dans un environnement de cours des matières premières incertains à court terme", mettent cependant en garde les analystes de S&P.

Dans le raffinage, la concentration se poursuit également à un rythme rapide. "La perception que les capacités de raffinage devraient restent insuffisantes jusqu'à la fin de la décennie fait exploser les prix d'achat [de ces unités] vers des plus hauts historiques", poursuivent ceux-ci. Ce secteur devrait continuer d'engranger les bénéfices en 2007 à en croire Standard & Poor's, même si les taux de croissance affichés s'avèrent un peu inférieurs de ceux de 2005 ou 2006, deux années marqués par des événement exceptionnels: ouragans, interdiction de certains additifs à l'essence américaine, montée en puissance du diesel pauvres en soufre...

Chef économiste chez Platts, Larry Chorn souligne de son côté que la forte baisse de qualité des pétroles bruts - moins légers, plus riches en soufre - extraits du sol au cours des quinze dernières années va conduire à "une envolée des investissements dans les raffineries, une enveloppe de 350 milliards de dollars étant prévue sur les années à venir au niveau mondial dans leur modernisation existant ou la construction de nouvelles unités".

Cette frénésie de rapprochements reflète surtout le défi principal des groupes pétroliers: remplacer les volumes pompés dans les réserves de leurs gisements, par une activité accrue d'exploration.

Problème, les budgets liés à cette activité ont explosé de 80% au cours des quatre dernières années en raison du manque d'ingénieurs, de matériel, de plateformes de forage. Lors de la présentation de leurs résultats, nombre de grandes majors sont cependant parvenues à afficher des taux de remplacement de leurs réserves des plus honorables: Chevron, BP et Royal Dutch Shell se sont ainsi targué d'avoir remplacé plus de 100% des réserves entamées sur 2006. Les analystes de S&P mettent cependant en garde contre le rôle joué par les projets de sables bitumeux canadien dans les chiffres annoncés par Shell et Chevron ainsi que par l'acquisition de la compagnie Burlington dans ceux publiés par ConocoPhillips. Autant de facteurs à même de fausser la perception de la capacité d'un groupe à trouver de nouveaux gisements... et à la comparer avec celle de ses concurrents.

"Les budgets dédiés aux investissements dans l'exploration et la production seront le facteur clé à surveiller en 2007 et devraient progresser de 5 à 10% au niveau mondial", martèle l'équipe de Jeffrey Morrison. BP devrait accroître ses enveloppes de 12,5%, Chevron de 5 à 6%, Shell de 15 à 20%, tandis que ConocoPhillips devrait quand à lui... réduire ses investissements de 22%.

"Nous nous attendons cependant à la poursuite de la réallocation des investissements en dehors des régions affichant les coûts les plus élevés [...] comme l'Ouest canadien où le nombre de puits creusés a diminué de 10 à 15% en un an ou les zones peu profondes du Golfe du Mexique", poursuivent ces derniers.

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