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Le président Sarkozy grappille quelques contrats en Inde

La Tribune

Publié le 28 janvier 2008 à 04:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:34

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Nicolas Sarkozy a quitté samedi soir l'Inde à l'issue d'une visite d'Etat pauvre en signatures de contrats mais avec l'espoir d'avoir ouvert la voie à une relance des échanges franco-indiens.

Lanciers du Bengale enturbannés, tapis rouge, fanfare: le décorum, à l'arrivée de Nicolas Sarkozy vendredi matin, était à la hauteur des enjeux politiques et économiques que représente ce pays, l'un des plus grands émergents du monde avec la Chine.

Si la France a cherché en fait à relativiser ces enjeux, soulignant autant que possible que cette première visite du chef d'Etat n'était faite que dans l'espoir de développer un partenariat "stratégique" et politique, il y était aussi question, évidemment, de relance des relations économiques.

Alors que la part de marché de la France en Inde est tombée à 1,8% l'an dernier, Paris place ses espoirs dans ses spécificités, l'armement et le nucléaire, pour redevenir un meilleur partenaire commercial de ce pays de plus de 1,2 milliard d'habitants. "Nos objectifs sont ambitieux puisque nous souhaitons que les échanges entre l'Inde et la France atteignent au moins 12 milliards d'euros par ans d'ici 2012," a ainsi déclaré Nicolas Sarkozy. Ces montants seraient le double des niveaux actuels.

"Je pense qu'il est très important que l'Inde et la France coopèrent, partagent des informations et du renseignement pour défendre les valeurs qui sont chères à nos deux pays", a déclaré le Premier ministre Manmohan Singh au cours d'une conférence de presse avec Nicolas Sarkozy vendredi. "Nous sommes convenus d'aller au-delà d'une relation d'acheteur à vendeur. Nous allons de plus en plus mettre l'accent sur des projets conjoints de recherche et de développement, de transfert de technologies et de coopérations militaires élargies", a précisé le Premier ministre, après la signature d'un accord sur la protection d'informations classées secret défense.

De fait, le marché de l'armement en Inde, premier acheteur parmi les puissances émergentes, représente l'équivalent de 30 milliards de dollars de contrats d'ici 2012, selon les estimations. Les groupes français, forts de 4 milliards d'euros de ventes en 2005, sont les troisièmes fournisseurs de l'Inde derrière la toute puissante Russie et Israël.

Du coup, la France "appuiera" comme elle l'a dit, une offre de Dassault Aviation quand le géant français répondra à un appel d'offres, d'ici début mars, pour 10,2 milliards de dollars, que l'Inde a lancé pour acheter 126 avions de combats. En outre, Paris espère, une fois de plus, vendre son Rafale, ce qui n'a jamais été réussi jusqu'à présent, ni au Maroc, ni en Libye, ni en Chine.... Reste que Dassault Aviation ne sera pas seul: il sera en concurrence avec les Américains Boeing et Lockheed Martin, ainsi que, pour le Rafale, avec l'Eurofighter Typhoon fabriqué par un consortium européen, et le suédois Saab.

Par ailleurs, le groupe Suez a signé deux contrats dans le secteur de l'eau pour 100 millions d'euros. Enfin, Carrefour a confirmé sa décision d'entrer sur le marché indien avec des magasins de dépôts, et est en passe de sélectionner un partenaire franchisé pour des magasins de détail, a annoncé l'ambassade de France à l'occasion d'une rencontre entre hommes d'affaires français et indiens, en marge de la visite présidentielle.

La compagnie aérienne indienne Kingfisher et Airbus ont aussi annoncé que leurs négociations étaient "avancées" pour une commande ferme d'une quarantaine d'avions. Le tout pour un montant total de 5 milliards d'euros. Il s'agit d'une simple confirmation d'un projet déjà engagé au salon du Bourget de juin 2007. La livraison de ces appareils est prévue pour 2011.

Certes, tout cela est loin des dizaines de milliards de dollars de contrats que la France a engrangés lors des voyages présidentiels en Chine, au Maroc ou ailleurs. Mais il reste un espoir à la France. Lors de ce séjour, la France et l'Inde ont en effet paraphé un accord-cadre de coopération dans le secteur nucléaire civil. Mais pour l'instant, la coopération ne peut prendre corps. En effet, l'Inde, qui refuse de signer le traité de non prolifération, doit encore obtenir le blanc seing de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avant d'acheter un jour du nucléaire civil français.

Mais la France ne mise pas uniquement sur les grandes entreprises de type Areva. Elle veut aussi donner la part belle aux petites. "Nous souhaitons que les entreprises françaises investissent au moins 10 milliards d'euros en Inde et qu'au moins 1.000 nouvelles PME françaises se lancent sur le marché indien", a aussi déclaré Nicolas Sarkozy.

Sarkozy interpelle Lakshmi Mittal sur Gandrange
Nicolas Sarkozy a interpellé vendredi à New Delhi le PDG d'Arcelor-Mittal, Lakshmi Mittal, qui maintient son projet de fermeture d'une aciérie de Moselle, mais il n'a pas rencontré en tête-à-tête l'homme d'affaires d'origine indienne. Lakshmi Mittal était assis au premier rang, dans le salon d'un grand hôtel de New Delhi, où plusieurs centaines d'hommes d'affaires indiens et français étaient rassemblés pour écouter le président français conclure une conférence sur les relations économiques entre l'Inde et la France. "Je veux dire, et je vois un certain nombre de visages connus, ici, en France, qu'il y a pu y avoir (...) tel ou tel problème pour tel ou tel investisseur indien", a-t-il dit. "Vous vous sentez visé?" a-t-il poursuivi en regardant Lakshmi Mittal, ce qui a déclenché des rires dans la salle. "Vous avez raison. Alors vous pouvez porter témoignage que quand il y a eu la polémique, moi je vous ai reçu et je vous ai reçu comme un investisseur et jamais comme un adversaire." Il a confirmé qu'il avait demandé au PDG d'Arcelor-Mittal de venir lui parler de son projet de fermeture de l'aciérie de Gandrange, qui devrait entraîner la suppression de 595 emplois. "C'est parfaitement exact. Mais dans une démocratie, on a le droit de discuter, pour comprendre, pour essayer de trouver des solutions", a-t-il déclaré. "Et quel président serais-je si je ne me posais pas la question dans une région si attachée à la sidérurgie d'une usine qui ferme et de la possibilité de discuter avec un industriel qui a investi ?"

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